Thèmes principaux : conte, peur, forêt, signes.
Le conte tient dans quelques signes.
Une petite fille quitte sa mère pour se rendre chez sa grand-mère. Dans la forêt, elle rencontre le loup. Celui-ci gagne la maison avant elle, dévore la vieille femme, puis l'enfant. Un chasseur intervient et les délivre.
Ce dénouement vient des frères Grimm. Chez Charles Perrault, le loup dévore le Petit Chaperon rouge et l'histoire s'arrête là. Le livre porte pourtant le sous-titre Une imagerie d'après un conte de Perrault. Warja Lavater compose ainsi sa propre version à partir de deux traditions du conte.
Une légende placée au début apprend le code au lecteur. Le Petit Chaperon rouge est un disque rouge, le loup un disque noir, les arbres deviennent des points verts. Ensuite, les signes suffisent. Le loup grossit au moment de la dévoration. Lors du sauvetage, l'action se joue elle aussi à l'intérieur de la masse noire. Taille et position prennent en charge ce que des phrases raconteraient ailleurs.
Une forêt qui se déplie.
Le livre est un leporello, une longue bande de papier pliée en accordéon qui court sur plusieurs mètres lorsqu'on l'ouvre. Cette forme est inséparable du projet de Warja Lavater.
À New York, où elle séjourne à la fin des années 1950, l'artiste s'intéresse aux codes graphiques immédiatement lisibles, comme ceux de la signalisation. Dans Chinatown, elle découvre de petits livres qui se déplient en accordéon. Elle expliquera plus tard qu'une page tournée coupe le temps entre un avant et un après, tandis que le livre dépliant laisse le récit se développer horizontalement.
La traversée de la forêt devient ainsi un déplacement que l'œil peut suivre. Le lecteur ouvre les plis à son rythme et peut revenir sur le chemin. Warja Lavater parlait d'une « chorégraphie » du code : l'espace du livre règle directement le mouvement de l'histoire.
Ce que les points laissent imaginer.
Warja Lavater refusait de qualifier ces formes d'« abstraites ». Elle les pense comme une écriture. Elle résume elle-même son ambition par un verbe : « dire », plutôt qu'illustrer.
Ce choix laisse beaucoup au lecteur. Le disque noir désigne le loup sans lui donner de pelage ni de regard. La grand-mère existe comme signe avant de devenir un personnage dans l'imagination de celui qui lit. Connaître déjà le conte facilite le décodage. L'album devient particulièrement riche lorsqu'on le confronte à Charles Perrault, aux frères Grimm ou à une version illustrée plus traditionnelle.
C'est là que le livre trouve sa force. Un déplacement traduit la marche. Le rapprochement des signes raconte la rencontre, leur changement d'échelle peut faire sentir le danger. Après quelques plis, le code cesse d'occuper l'attention. Le point rouge n'est plus seulement un point : c'est une enfant qui traverse seule la forêt.
Pour aller plus loin.
- GROMER, Bernadette. « Tête à tête : Warja Lavater ». La Revue des livres pour enfants, n° 137-138, janvier 1991 : l'artiste y explique elle-même son langage graphique et les possibilités du livre accordéon.
- MEUNIER, Christophe. « La « pensée visuelle et spatiale » au service de quatre contes de Perrault ». Utpictura18 : une étude accessible qui éclaire particulièrement la dimension cartographique des imageries.
- Rhode Island School of Design, « Le Petit Chaperon Rouge » : notice détaillée et aperçu d'un exemplaire de l'édition de 1965.
© Adrien Maeght Éditeur · Warja Lavater.

