Motifs principaux : le loup, la forêt, la grand-mère, la voix imitée, la porte, le lit, la moralité.
On croit souvent connaître Le Petit Chaperon rouge, mais le conte de Perrault a peu à voir avec le récit rassurant où un chasseur sauve l'enfant. Ici, l'histoire s'arrête net : la grand-mère est dévorée, puis la petite fille. La moralité vient après, sans adoucir la scène. Elle explique ce que le récit a déjà fait sentir : certains loups n'ont pas besoin de hurler pour être dangereux.
Tout commence par une mission familiale. Une petite fille doit porter une galette et un petit pot de beurre à sa mère-grand malade qui habite dans un autre village. En traversant le bois, elle rencontre le loup. Il voudrait la manger sur-le-champ mais des bûcherons sont là. Alors il engage la conversation. Il demande où elle va, obtient l'adresse de la maison et propose une course. Il choisit le chemin le plus court. Elle suit le plus long et s'attarde aux noisettes, aux papillons, aux fleurs.
Le loup arrive le premier. Il frappe à la porte et prend la voix de l'enfant. La grand-mère lui indique comment entrer : « Tire la chevillette, la bobinette cherra. » La formule a la légèreté d'une comptine. Elle ouvre pourtant la maison au prédateur. Le loup dévore la vieille femme, se couche dans son lit et attend.
Quand la petite fille arrive, quelque chose cloche déjà. La voix est trop grosse. Elle se rassure pourtant : sa mère-grand doit être enrhumée. Le loup adoucit sa voix, reprend la même formule, puis lui demande de poser la galette et le pot de beurre sur la huche et de venir se coucher avec lui. Dans le lit, l'enfant regarde ce corps qu'elle croit encore être celui de sa grand-mère. Viennent alors les questions connues : les grands bras, les grandes jambes, les grandes oreilles, les grands yeux, puis les grandes dents. La dernière réponse coupe court à tout jeu : « C'est pour te manger. »
La moralité rend l'avertissement très explicite. Charles Perrault vise les jeunes enfants (surtout les jeunes filles) et les met en garde contre ceux qu'elles écoutent trop facilement. Le passage le plus frappant est peut-être celui des « Loups doucereux ». Ces loups-là sont « privés, complaisants et doux ». Ils suivent les jeunes demoiselles jusque dans les maisons. Le conte dit alors quelque chose de plus inquiétant que la simple peur de la bête : le danger peut prendre des manières aimables.
C'est pour cette raison que Le Petit Chaperon rouge reste si vif. Aucun secours ne vient réparer la faute. Il ne reste qu'une voix contrefaite et une porte ouverte trop vite. La peur naît de là.
Pour aller plus loin.
Le dossier des BnF Essentiels consacré au Petit Chaperon rouge offre une entrée claire dans l'histoire du conte, ses variantes et ses images.
Texte de Charles Perrault (1697) et gravure de Gustave Doré (1862) : domaine public.


