Couverture du Monstre poilu, de Henriette Bichonnier et Pef (Gallimard Jeunesse).
© Henriette Bichonnier, ill. Pef / Gallimard Jeunesse.
Titre Le monstre poilu
Autrice Henriette Bichonnier
Illustrateur Pef
Éditeur Gallimard Jeunesse
Première publication 1982
Genre Conte humoristique illustré
Âge 6-8 ans

Thèmes principaux : monstre, peur, ruse, langage, humour, conte merveilleux, princesse.

Un monstre terrifiant… et déjà ridicule.

Tout commence dans une sombre forêt, près d'une caverne humide et grise. Le monstre poilu rêve de manger des gens, mais son corps le trahit : une tête énorme, deux petits pieds ridicules, de longs bras qui partent de ses oreilles, des poils partout. Il est menaçant, bien sûr, mais d'emblée un peu empêché, presque grotesque. Pef accentue cette contradiction : le monstre déborde, s'étire, grimace mais son excès même le rend comique.

L'arrivée du roi lance vraiment l'intrigue. Perdu dans la forêt, il se fait attraper et sauve sa peau en promettant de rapporter au monstre un enfant à manger. La cruauté de la situation est nette mais elle est aussitôt prise dans une mécanique absurde : une ficelle impossible à couper relie le roi au monstre qui surveille la promesse à distance. Le premier enfant rencontré sera Lucile, sa propre fille, sortie du château pour acheter des Malabars.

Lucile, ou la ruse du langage.

La force du livre tient alors au face-à-face entre Lucile et le monstre. Elle n'a ni arme ni pouvoir magique. Elle ne cherche pas à fuir. Elle répond. À chaque menace, elle oppose une formule en « poil aux… », qui colle au corps du monstre tout en le ridiculisant. La peur ne disparaît pas. Elle devient jeu verbal, rythme, provocation.

Le texte fonctionne comme une escalade. Plus Lucile parle, plus le monstre perd le contrôle. Il menace, compte, s'énerve, se roule par terre. L'image accompagne ce dérèglement en transformant la colère en spectacle burlesque. Le monstre voulait dévorer. Il finit débordé par les mots d'une enfant qui refuse d'entrer dans le rôle de victime.

Une insolence joyeuse, avec une fin plus convenue.

Le grand plaisir du Monstre poilu vient de cette victoire du langage. Le livre ne fait pas une leçon sage sur le courage. Il montre une enfant qui gagne parce qu'elle ose parler de travers, répondre mal et finalement déplacer la peur du côté du rire. C'est là que le conte reste vif.

La fin, avec l'apparition du prince charmant délivré d'un mauvais sort puis la proposition de mariage acceptée aussitôt, ramène toutefois le récit vers une convention merveilleuse plus attendue. Ce n'est pas la partie la plus subversive du livre. Mais elle n'efface pas ce qui a précédé car le vrai cœur de l'œuvre est dans la scène où Lucile fait exploser le monstre par la puissance comique des mots.

© Gallimard Jeunesse · Henriette Bichonnier, ill. Pef.