Une princesse qui ne veut pas entrer dans le conte.
Finemouche a tout de la princesse de conte : un château, une couronne et des prétendants. Mais elle refuse le rôle qu'on voudrait lui faire jouer.
Il y a des princesses qui attendent le prince charmant. Il y a celles qu'on promet au plus vaillant, celles qu'on enferme dans une tour, celles qu'un héros vient délivrer. Et puis il y a Finemouche.
Dès les premières pages, Babette Cole installe une situation simple et savoureuse : la princesse aime sa liberté, ses animaux et son indépendance ! Sa mère, la reine, pense au contraire qu'il est temps pour elle de trouver un mari. Les princes arrivent donc les uns après les autres, persuadés de pouvoir conquérir sa main.
Finemouche ne refuse pas frontalement le jeu mais elle le retourne. Elle annonce qu'elle épousera celui qui réussira les épreuves qu'elle lui imposera. Ces épreuves ressemblent moins à un parcours héroïque qu'à une série de pièges burlesques. Le conte est encore là mais il ne fonctionne plus vraiment comme prévu.
Des princes très sûrs d'eux… et vite dépassés.
L'un des grands plaisirs de l'album tient à la succession d'épreuves absurdes. Les princes veulent prouver leur valeur mais ils révèlent surtout leur ridicule.
Les prétendants doivent empêcher des chenilles de ravager le jardin, nourrir les animaux de la princesse, faire une promenade à moto, couper du bois, emmener la reine faire ses emplettes ou encore récupérer un anneau dans un bassin. Aucun ne sort vraiment grandi de l'aventure.
Leurs noms donnent déjà le ton : Beaugazon, Risquetout, Vieutacot, Vertigo, Malabar, Carpette, Tuba… Babette Cole compose une galerie de silhouettes comiques, trop confiantes et rapidement malmenées par les situations.
Les illustrations jouent un rôle essentiel. Elles exagèrent les corps, les dangers et le désordre. Les animaux prennent de la place, les scènes débordent, les princes perdent de leur superbe. Le texte reste bref, presque imperturbable, tandis que l'image accentue le chaos. C'est dans ce décalage que l'humour de l'album trouve une grande partie de son efficacité.
Le rire contre les rôles imposés.
Derrière la farce, l'album vise juste. Il démonte un vieux scénario dans lequel la princesse est promise, gagnée ou offerte.
Dans beaucoup de contes, la princesse est un enjeu. Elle attend, elle subit, elle est délivrée, puis elle devient la récompense du héros. Ici, tout est renversé. Finemouche n'est pas placée au bout de l'aventure comme un prix à obtenir. Elle fixe les règles, observe les candidats et les met en échec.
La princesse ne demande pas seulement à choisir entre plusieurs prétendants. Elle refuse plus profondément l'idée que son bonheur doive passer par le mariage. Le livre ne raconte donc pas comment elle trouve le « bon » prince, mais comment elle échappe à l'obligation d'en choisir un.
La chute est particulièrement réussie. Quand le prince Flambard semble avoir triomphé, on pourrait croire que le conte va rentrer dans l'ordre. Mais Finemouche lui donne un baiser magique qui le transforme en énorme crapaud. Le motif traditionnel est inversé : ce n'est plus le crapaud qui devient prince mais le prince qui devient crapaud. La magie ne conduit plus au mariage. Au contraire, elle permet d'y échapper.
Une fin heureuse autrement.
Le livre ne punit pas Finemouche. Il accepte son choix.
C'est peut-être là que l'album est le plus fort. Finemouche ne finit pas triste, isolée ou changée par l'amour. Elle reste elle-même, dans l'existence qu'elle a choisie. L'album propose ainsi une autre forme de fin heureuse : non pas vivre heureuse avec un prince, mais vivre heureuse parce qu'on a pu décider pour soi.
Bien sûr, La Princesse Finemouche fonctionne par caricature plus que par nuance. Les princes sont ridiculisés, la reine incarne clairement la pression familiale et sociale et la princesse triomphe par la ruse. Le livre ne développe pas une réflexion complexe sur les relations entre filles et garçons. Mais ce n'est pas son projet. Sa force tient à sa netteté et à son insolence.
C'est pourquoi l'album reste un excellent point d'entrée pour aborder les héroïnes qui refusent le rôle attendu. Il ne fait pas la leçon. Il dérègle le conte. Et, derrière ses airs de farce, il pose une question très directe : qui a le droit de décider de la vie d'une princesse ? Babette Cole répond avec humour : la princesse elle-même.