Couverture du Hollandais sans peine, de Marie-Aude Murail, illustré par Michel Gay (l'école des loisirs, collection Mouche).
© Marie-Aude Murail, ill. Michel Gay / l'école des loisirs.
Titre Le hollandais sans peine
Autrice Marie-Aude Murail
Illustrateur Michel Gay
Première édition française L'École des loisirs, coll. « Mouche », 1989
Genre Court roman humoristique illustré
Distinction Prix Sorcières 1990, catégorie Premières lectures
Âge indicatif dès 6 ans

Thèmes principaux : langage, invention, amitié, apprentissage, malentendu.

Un « bain de langue » qui déraille.

Jean-Charles, devenu adulte, raconte un été de sa neuvième année. Son père, convaincu qu'une langue étrangère aide à « réussir dans la vie », emmène la famille camper en Allemagne pour que ses enfants y prennent un « bain de langue ». Les débuts sont laborieux. À la douane puis au camping, les parents comprennent mal leurs interlocuteurs, tandis que Jean-Charles devine leurs demandes en observant leurs gestes.

Ses parents l'incitent bientôt à jouer au ballon avec le garçon de la tente voisine. Le jeu les rapproche. Puis chacun croit que l'autre va lui apprendre sa langue. Quand son nouveau camarade lui demande le nom d'une fleur dans sa langue, Jean-Charles répond « chprouout ». Un arbre devient « trabeun », une tente « chrapati ». Il annonce ensuite à ses parents que son ami est hollandais et remplit enfin son cahier de vacances avec le lexique qu'il invente au fur et à mesure.

Quand « chprouout » veut vraiment dire fleur.

La farce prend alors une curieuse consistance. « Niclausse », comme Jean-Charles croit entendre son prénom, mémorise avec application ce faux français. Le père admire de son côté la logique du prétendu hollandais. Même « houlaï », improvisé pour dire bonjour, passe d'une famille à l'autre.

Surtout, les mots finissent par servir. Quand la mère de Jean-Charles a besoin d'un œuf, Nicolas comprend « vroug » et traduit la demande à sa propre mère. Plus tard, Christine et Barbra, les sœurs des deux garçons, disparaissent du camping. Nicolas comprend la question « gouda ? » et indique une tente près de la mer. Des campeurs français orientent ensuite les garçons vers un petit bois. Le mot « trabeun » suffit à relancer Nicolas dans la bonne direction. Les fillettes sont retrouvées. Leur langage inventé leur a permis d'agir ensemble.

Michel Gay accompagne ce jeu sans l'appuyer. Ses dessins au trait montrent souvent les gestes par lesquels les personnages tentent de se faire comprendre : le douanier dessine des formes dans l'air, les enfants désignent les objets. Une illustration reproduit même le petit lexique manuscrit de Jean-Charles. Le livre fait ainsi voir, très simplement, comment un signe prend sens dans l'échange.

Une chute qui reprend toute l'histoire.

Au moment du départ, Jean-Charles demande enfin l'adresse de son ami. Il découvre que « Niclausse » s'appelle Nicolas O'Sullivan et qu'il habite à Dublin, en Irlande. Il glisse aussitôt le papier dans sa poche et prétendra plus tard l'avoir perdu. Sa famille reste donc convaincue de son talent pour le hollandais.

Le narrateur adulte referme l'histoire sur cette légende familiale. Elle l'a conduit à apprendre de nombreuses langues et à devenir « un grand savant ». Il promet qu'à la retraite il étudiera enfin le hollandais. Le péritexte précise d'ailleurs que le titre est utilisé avec l'aimable autorisation d'Assimil. Le clin d'œil aux méthodes « sans peine » appartient pleinement à la plaisanterie. La réussite du livre tient à cette rencontre entre une farce très lisible et une vraie curiosité pour ce que parler veut dire.

Pour aller plus loin.

© l'école des loisirs · Marie-Aude Murail, ill. Michel Gay.