Couverture d'Un lion à Paris, de Beatrice Alemagna (Casterman).
© Beatrice Alemagna / Casterman.
Titre Un lion à Paris
Autrice et illustratrice Beatrice Alemagna
Première édition française Autrement Jeunesse, 2006
Édition en couverture Casterman, coll. « Les Albums Casterman », 2016
Genre Album narratif
Format Album à l'italienne, ouvert vers le haut
Âge indicatif dès 6 ans

Thèmes principaux : Paris, voyage, solitude, découverte, regard, recherche d'une place.

Un lion que personne ne remarque.

Dans la savane, un jeune lion s'ennuie. Il décide de partir pour Paris où il espère construire une vie nouvelle avec un travail et peut-être l'amour. Il arrive en train, sans bagage, un peu inquiet de l'effet qu'il produira. Les passants réagissent à peine. Sur le quai du métro, presque personne ne lui prête attention. Il rugit pour faire tourner les têtes, mais obtient peu de réaction. Quand la pluie se met à tomber, le souvenir de sa savane ensoleillée le rend franchement triste.

Une ville connue redevient étrange.

La promenade continue. C'est là que l'album trouve son jeu le plus savoureux. La ville est décrite à partir de ce que le lion croit voir. Dans la rue, les parapluies portés sous le bras ressemblent pour lui à des épées. Le Centre Pompidou devient une gigantesque usine où l'on monte et descend dans des tuyaux transparents. Au Louvre, une jeune fille lui sourit enfin : l'image permet au lecteur de reconnaître la Joconde. Plus loin, ce qui lui semble être un château blanc correspond au Sacré-Cœur. Puis l'immense tour de fer est évidemment la tour Eiffel. Le texte reste au plus près de l'ignorance du personnage tandis que l'illustration laisse reconnaître Paris.

Beatrice Alemagna associe dessin et photographie. Les proportions changent et le lion dessiné se retrouve au milieu de visages photographiés. Le format à l'italienne, ouvert vers le haut, donne à la visite l'allure d'une suite de grandes planches. Dès le début, un plan matérialise le trajet. Ce qui paraissait sombre et menaçant au lion le matin lui semble peu à peu plus accueillant. Le livre fait ainsi évoluer la quête initiale et l'avenir espéré prend finalement la forme d'un lieu où rester.

Trouver sa place.

Cette transformation éclaire la dernière scène. Arrivé à un carrefour, le lion aperçoit un piédestal, y monte et rugit. Des centaines de voitures répondent avec leurs klaxons. Le récit transforme ce vacarme en accueil. Le lion décide de rester là. Le péritexte révèle alors le point de départ de l'histoire : le lion de la place Denfert-Rochereau. Beatrice Alemagna invente ainsi une origine imaginaire à la présence de cette statue sur la place.

L'autrice a expliqué avoir conçu ce livre comme une déclaration d'amour à Paris, plusieurs années après s'y être elle-même installée. Cette donnée éclaire le regard du personnage sans réduire l'album à une autobiographie. La réussite de l'album tient surtout à ce regard neuf : une ville connue redevient étrange, puis progressivement habitable.

La reconnaissance des monuments ajoute un plaisir supplémentaire pour qui connaît Paris. Les autres lecteurs peuvent suivre le changement du lion à travers son humeur et sa manière de regarder la ville. À mesure que Paris cesse de lui être étranger, il découvre où il veut rester.

Pour aller plus loin.

© Casterman · Beatrice Alemagna.