Thèmes principaux : conte, faim, abandon, forêt, sorcière, ruse.
Perdus dans la forêt.
La faim menace la famille d'un pauvre bûcheron. Sa femme le convainc d'abandonner ses enfants, Hänsel et Gretel, dans la forêt. La première fois, Hänsel a semé des cailloux blancs et les enfants retrouvent leur chemin. Lors du second abandon, il n'a que du pain : les oiseaux mangent les miettes déposées derrière lui.
Après avoir erré, le frère et la sœur découvrent une maison faite de nourriture. La vieille femme qui les accueille est une sorcière qui mange les enfants. Elle enferme Hänsel pour l'engraisser et réduit Gretel au travail. Pour gagner du temps, Hänsel lui tend un petit os lorsqu'elle lui demande de passer son doigt à travers les barreaux. Puis Gretel comprend que la sorcière veut la faire entrer dans le four et retourne le piège contre elle. Les enfants emportent les perles et les pierres précieuses trouvées dans la maison. Lorsqu'ils retrouvent enfin leur père, celui-ci vit désormais seul : sa femme est morte pendant leur absence.
Deux maisons, deux expériences.
Květa Pacovská donne une importance particulière aux maisons. Quelques formes suffisent à évoquer le foyer familial : un volume blanc sous un toit triangulaire, percé d'une fenêtre rouge. La demeure de la sorcière envahit au contraire la page de couleurs fortes et de rectangles superposés. Son exubérance accompagne la séduction du lieu : les enfants affamés croient avoir trouvé l'abondance alors qu'ils viennent d'entrer dans un piège.
À la fin, la maison du père revient dans un environnement devenu beaucoup plus coloré. Le retour au point de départ n'efface donc pas, visuellement, ce qui s'est passé dans la forêt.
Une page qui accroche le regard.
Květa Pacovská traite le livre comme un espace plastique à part entière. Le rouge et le blanc éclatent souvent sur des fonds noirs. Les personnages sont ramenés à des silhouettes stylisées et des lignes très expressives. Les formes géométriques voisinent avec des tracés plus libres.
Surtout, des éléments argentés réfléchissent la lumière. Selon l'angle sous lequel on tient le livre, ils peuvent renvoyer des fragments du visage ou du corps du lecteur. Ce détail matériel change la relation à la page : l'image n'est plus seulement devant celui qui regarde, elle l'attrape fugitivement dans ses reflets.
Voir autrement une histoire connue.
Cette liberté graphique fait aussi la difficulté de l'album. Un enfant qui découvrirait seul Hänsel et Gretel y trouverait moins de repères narratifs que dans une version illustrée de manière traditionnelle. Une grande part du récit repose alors sur le texte.
Mais c'est précisément lorsque l'histoire est déjà un peu connue que le travail de Květa Pacovská prend toute sa force. Elle conserve la violence du conte avec la faim, l'abandon et la menace d'être mangé, tout en refusant de lui fournir des images attendues. On reconnaît Hänsel et Gretel, mais on ne peut plus tout à fait les voir comme avant.
Pour aller plus loin.
- La notice « Květa Pacovská » des Notes, revue en ligne de l'Union nationale Culture et Bibliothèques pour tous : un portrait de l'artiste, qui renvoie à un entretien filmé au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil en 2014.
© Minedition · Jacob et Wilhelm Grimm, ill. Květa Pacovská, trad. Géraldine Elschner.

