Thèmes principaux : imagination, pauvreté, dignité, solidarité, injustice sociale.
La fortune change, Miss Minchin aussi.
À sept ans, Sarah quitte l'Inde avec son père, le capitaine Crewe, qui la confie à un pensionnat londonien avant de repartir. Riche et brillante, la fillette y reçoit un traitement de faveur. Elle se lie pourtant avec celles que l'école tient à l'écart, notamment Ermengarde, qui peine dans ses leçons, ou encore Becky, la jeune domestique chargée des corvées.
Le jour de ses onze ans, son père meurt. L'argent qu'il avait engagé avec un ami dans des mines de diamants paraît perdu. Miss Minchin cesse aussitôt de ménager sa pensionnaire. Elle la garde au pensionnat pour la faire travailler : Sarah est reléguée au grenier, porte ses vêtements les plus usés, enseigne aux plus jeunes et court les commissions.
Imaginer pour tenir et pour partager.
Sarah racontait déjà des histoires lorsqu'elle était heureuse. Dans la pauvreté, cette faculté lui devient indispensable. Elle transforme son grenier en cellule de la Bastille, apprivoise un rat qui vit sous les combles et s'imagine toujours princesse pour contenir sa colère. Ses fictions circulent aussi entre les enfants. Elles aident Ermengarde à apprendre et offrent à Becky quelques moments où les corvées s'effacent derrière le jeu.
Le titre du roman prend alors tout son sens. La « princesse » n'est plus l'enfant que Miss Minchin exhibait devant les familles. Sarah cherche à rester digne quand on l'humilie et attentive à ceux qui souffrent. Un jour où elle a elle-même très faim, elle trouve quatre pence et achète des petits pains. Une enfant en haillons attend devant la boutique. Sarah lui en donne cinq sur six. Sa générosité se mesure désormais à un manque qu'elle connaît dans son propre corps.
La « magie » vient de l'autre côté du mur.
Le dénouement retrouve franchement les ressorts du conte. M. Carrisford, le voisin malade de l'école, est l'ancien associé du capitaine Crewe. Persuadé d'avoir ruiné son ami, puis tombé gravement malade, il cherche depuis longtemps la fille de celui-ci sans savoir qu'elle vit à quelques mètres de lui. Il croyait devoir la retrouver en France. Or les mines ont finalement rapporté une immense fortune dont une part revient à Sarah.
Avant même de connaître son identité, Carrisford s'est pris d'affection pour la petite servante du grenier. Avec Ram Dass, son domestique, il fait secrètement apporter de quoi la nourrir, la réchauffer et rendre sa chambre confortable. La magie que Sarah croyait à l'œuvre prend soudain un visage très humain.
Lorsqu'ils découvrent enfin qui elle est, Sarah retrouve sa fortune et quitte Miss Minchin. Frances Hodgson Burnett revient alors à l'épisode de la faim. Sarah demande à la boulangère d'offrir du pain aux enfants affamés qui viendront devant sa boutique et de lui envoyer la note. Anne, la petite mendiante qu'elle avait secourue, y travaille désormais.
La pauvreté a changé le regard de Sarah sur la richesse. Elle sait maintenant ce que signifie manquer. Le roman porte aussi la marque de son époque : l'Inde y est regardée depuis le monde colonial britannique, sans que l'origine de cette prospérité soit interrogée. La force du livre tient surtout au rôle qu'il donne à l'imagination qui préserve chez Sarah le sentiment de sa dignité et nourrit ses liens avec les autres.
© Le Livre de Poche Jeunesse · Frances Hodgson Burnett, trad. Michel Laporte, ill. Rébecca Dautremer.


