Gravure de Gustave Doré : le Petit Poucet sème des cailloux blancs le long du chemin.
Gravure de Gustave Doré pour Le Petit Poucet (1862, domaine public).
Titre Le Petit Poucet
Auteur Charles Perrault
Recueil Histoires ou contes du temps passé. Avec des moralités (1697)
Illustration Gustave Doré (gravures, 1862)
Genre Conte merveilleux : conte d'ogre et de ruse
Âge indicatif dès 10 ans

Thèmes principaux : abandon, famine, fratrie, peur, forêt, ogre, ruse, petitesse, survie.

On croit tenir le conte dès qu'on reconnaît les cailloux blancs, les miettes de pain et les bottes de sept lieues. La version de Perrault est pourtant plus rude que ce souvenir d'enfance. Avant la ruse, il y a la faim. Avant les bottes, la forêt. Et avant le héros, un enfant presque effacé, que sa famille juge trop petit, trop silencieux, presque bon à oublier.

Une famille au bord de la rupture.

Publié en 1697, dans une France où les crises de subsistance des années 1693-1694 sont encore proches, le conte fait entendre une peur très concrète : ne plus pouvoir nourrir les siens. Il ne se réduit pas pour autant à un document historique. Perrault travaille une matière de conte ancienne.

Tout part d'une « année très fâcheuse ». Un bûcheron et sa femme ont sept garçons ; le plus jeune, Poucet, est le souffre-douleur de la maison. On le croit sot parce qu'il parle peu. Le narrateur corrige aussitôt le jugement : il est « le plus fin » et « le plus avisé » de ses frères. Quand les parents décident de perdre les enfants dans la forêt, il entend tout, ramasse des cailloux blancs et retrouve le chemin. La seconde fois, empêché de sortir, il sème son pain. Les oiseaux mangent les miettes. Cette fois, les enfants sont bien perdus.

Dans la maison de l'ogre.

La forêt n'a rien d'un décor aimable. Elle est épaisse et battue par la pluie. Les loups hurlent, les enfants tremblent. Une lumière apparaît au loin. On voudrait y voir un secours mais elle les mène chez l'ogre.

L'ogre sent la « chair fraîche », aiguise son couteau et remet seulement le massacre au lendemain. Poucet observe. Pendant la nuit, il échange les bonnets de ses frères contre les couronnes des sept filles de l'ogre. Les garçons sont sauvés et les petites ogresses sont égorgées. La ruse réussit mais elle laisse du sang derrière elle. Le conte ne cherche pas à rendre cette victoire confortable.

Des bottes et deux fins.

Poucet s'empare ensuite des bottes de sept lieues. La fin garde volontairement un flottement. Dans une version, il obtient les richesses de l'ogre par tromperie ; dans l'autre, il devient courrier du roi et gagne de quoi établir toute sa famille. Dans les deux cas, le plus petit devient celui qui sauve les siens.

La moralité insiste sur ce renversement : l'enfant faible, silencieux, raillé, peut devenir le bonheur de toute la maison. C'est là que le conte demeure si frappant. Poucet ne grandit pas en devenant fort comme les puissants. Il écoute mieux, voit plus vite, agit au moment juste. Sa grandeur tient à cette intelligence du minuscule.

© Charles Perrault · gravure de Gustave Doré (1862) · domaine public.