Thèmes principaux : vie quotidienne, amitié, forêt, monde humain, attention aux petites choses, hibernation.
Six histoires, un même monde.
Björn vit dans une grotte, au milieu d'une petite communauté d'animaux. Les six récits sont autonomes : chacun saisit un épisode de cette existence. Un canapé gagné par courrier envahit la grotte. Des catalogues de vêtements donnent au renard l'idée d'un carnaval où les animaux se déguisent en humains. Une autre histoire suit une journée presque sans événement. Plus tard, Björn cherche un cadeau pour Ramona, une petite fille rencontrée lors d'une sortie scolaire, mais après plusieurs essais, toute la bande glisse finalement des graines dans une enveloppe. Une visite médicale révèle ensuite sa myopie. La dernière histoire accompagne ses préparatifs avant l'hibernation.
Un ours à sa façon.
Björn reçoit du courrier et joue aux cartes. Il utilise aussi des objets fabriqués par les humains. Sa vie, pourtant, reste celle d'un ours de cette forêt. Il se roule dans la poussière et cherche du miel. Lorsque l'automne arrive, il mange beaucoup avant de s'installer pour l'hiver.
Les objets changent d'usage lorsqu'ils passent dans ses pattes. Ramona lui envoie une fourchette, Björn découvre qu'elle gratte le dos mieux que l'écorce d'un arbre. Le canapé, annoncé comme capable de le rendre très heureux, occupe bientôt tellement de place qu'il ne peut plus dormir ni manger chez lui. Il finit dans une clairière, à la disposition de tous. Les lunettes trouvées après le diagnostic du hibou fonctionnent parfaitement. Björn choisit pourtant de ne les porter que pour les grandes occasions car il préfère le plus souvent voir le monde un peu flou. Le comique naît de ces déplacements : les usages humains cessent soudain d'aller de soi.
Le temps de regarder.
L'histoire intitulée « Rien » donne sa mesure au recueil. Björn regarde les arbres pousser. La lapine passe, une partie de cartes commence, puis la journée continue au gré de ce qui se présente. Björn mange et se repose. Il observe ce qui l'entoure. Le narrateur précise qu'il ne s'ennuie jamais.
La mise en page épouse cette disponibilité. Les dessins au trait noir occupent souvent une petite partie de la page et laissent autour d'eux beaucoup d'espace. Un bâillement ou la silhouette de Björn adossé à un arbre suffit à retenir le regard. Ailleurs, quelques feuilles dispersées font sentir le temps qui passe. Le texte, lui aussi, sait s'arrêter. L'image prolonge parfois la plaisanterie. Ailleurs, elle laisse simplement durer le moment.
C'est là que Björn trouve son rythme singulier. Delphine Perret tire une histoire d'un canapé encombrant comme d'un après-midi sans événement. Même une paire de lunettes suffit à déplacer le regard. Le tempo pourra sembler très doux à qui attend de l'action et les conflits restent légers. Le livre assume cette échelle du quotidien jusqu'au bout. Sa réussite tient à cette cohérence de ton, maintenue du récit à l'image.
Pour aller plus loin.
- Fête du Livre de Bron, « L'interview dessinée, avec Delphine Perret ». Un entretien dessiné autour du personnage de Björn, du temps suspendu et de son travail graphique.
© Les Fourmis Rouges · Delphine Perret.

