Couverture d'Il ne faut pas habiller les animaux, de Judi Barrett et Ron Barrett (L'École des loisirs).
© L'École des loisirs.
Titre Il ne faut pas habiller les animaux
Titre original Animals Should Definitely Not Wear Clothing
Autrice Judi Barrett
Illustrateur Ron Barrett
Édition originale Atheneum, New York, 1970
Première édition française L'École des loisirs, 1971
Genre album humoristique à structure sérielle
Âge indicatif dès 3 ans
Thèmes animaux, vêtements, corps, anthropomorphisme, humour, relation texte-image

Quatorze mauvais essayages.

La progression tient à quatorze situations successives. Le porc-épic ouvre le défilé : sa robe à pois se retrouve transpercée et déchirée par ses piquants. Le chameau pose ses chapeaux sur ses bosses. Quant au serpent, son pantalon glisse simplement derrière lui.

D'autres animaux prennent ensuite le relais. Le mouton, déjà couvert de laine, souffre de la chaleur sous ses vêtements. Le cochon salit les siens en mangeant. La chèvre finit par les brouter, tandis que ceux du morse dégoulinent d'eau. L'élan se retrouve empêtré dans des bretelles accrochées à ses bois. Les opossums, suspendus par la queue, portent leurs habits à l'envers.

Le livre avance ainsi par reprises plutôt que par intrigue. Le lecteur connaît vite la règle du jeu. Ce qu'il attend, c'est la prochaine manière de la faire dérailler.

Le rire passe par la page.

La mise en page règle précisément cette attente. Une phrase courte, imprimée en très gros caractères, occupe souvent seule un fond coloré. L'illustration qui lui fait face montre ensuite la conséquence concrète. À plusieurs reprises, l'ordre s'inverse : l'image apparaît d'abord et la phrase suivante vient nommer le problème. Le lecteur est alors invité à comprendre le gag avant de lire son explication.

Ron Barrett isole le plus souvent les animaux sur un fond clair. Le dessin garde leurs formes reconnaissables et leurs particularités physiques. Les vêtements, très visibles, paraissent ajoutés à des corps qui continuent de fonctionner comme des corps animaux. Le comique vient de là. Sur la girafe, le long cou devient un improbable présentoir à cravates. Chez le porc-épic, les piquants ont le dernier mot sur le tissu.

Une convention mise à l'épreuve.

Le vêtement devient ici un objet très concret, soumis à l'anatomie et aux habitudes de celui qui le porte. Le serpent n'a pas de jambes pour retenir son pantalon. Les bois de l'élan accrochent ses bretelles. Les opossums de l'album sont suspendus par la queue, tête en bas. Une convention graphique familière se dérègle dès qu'on la confronte à l'animal représenté.

La dernière image déplace discrètement la plaisanterie. Derrière une barrière, un éléphant porte une grande robe fleurie et un petit chapeau. Une femme placée devant lui est vêtue presque de la même façon. La phrase précédente annonçait que cette habitude serait « gênante pour bien des gens ». Le rapprochement visuel suffit à retourner un instant le regard vers l'humain.

Une fois la règle comprise, l'album trouve ailleurs son rythme, dans les différences entre les animaux et dans le jeu de la page tournée. Tout repose sur une idée unique. Elle suffit, parce que chaque nouveau corps oblige le dessin à inventer une autre façon de faire échouer le vêtement humain.

© L'École des loisirs · Judi Barrett · Ron Barrett.