Deux oursons ont tout à apprendre.
Bourru et Polka naissent au milieu de l'hiver, dans la tanière de leur mère Pluche. Au printemps, elle demande à Pestoun, leur frère aîné, de l'aider à les élever. Pouf, leur père, mène de son côté une vie d'ours solitaire.
Leur éducation est organisée sur deux années. Durant la première, ils acquièrent les gestes nécessaires à la vie d'un ours. Les circonstances décident de la leçon : une promenade suffit pour apprendre à grimper, flairer ou nager. À l'automne, toute la famille creuse une tanière et s'y retire pour l'hiver.
Au printemps suivant, Pluche laisse les deux jeunes se débrouiller davantage. Ils doivent trouver leur nourriture et s'orienter. Bourru se révèle particulièrement doué pour flairer. Un jour, il suit une abeille dans l'espoir de trouver du miel. La poursuite l'entraîne loin des siens jusqu'à une ruche où il récolte miel et piqûres… Il retrouve pourtant seul sa famille. Pluche juge bientôt qu'il peut se conduire sans elle. À la fin du livre, tous se séparent pour vivre chacun dans son canton de forêt.
« L'ÉCOLE, c'est la Forêt ».
Le vocabulaire scolaire revient avec insistance : « enseignement », « discipline », « bons élèves ». Mais les leçons ont lieu dehors et passent par l'expérience. Pluche montre, surveille et laisse ses petits essayer tant qu'un danger réel ne les menace pas. Cette école sans murs rejoint le projet du Père Castor, marqué par l'Éducation nouvelle et l'apprentissage par l'activité.
Regarder comme un ours.
Lida rapproche Bourru et Polka des enfants par la parole et le vocabulaire de l'école. Rojan maintient, dans ses images, une attention précise à leur animalité. Les grandes scènes en couleur replacent les ours dans une forêt qui les dépasse. Les petits dessins suivent leurs gestes au plus près.
L'espace lui-même devient un savoir. Une double page présente les exercices des oursons comme un programme illustré. Plus loin, une carte rassemble les repères appris par Bourru autour du torrent. Le lecteur voit ainsi le territoire devenir peu à peu familier à l'ourson.
Le dénouement achève très simplement ce parcours d'apprentissage. L'autonomie de Bourru vient de ce qu'il a observé et éprouvé. Lorsqu'il part enfin vers son verger, la forêt où il a grandi est devenue un territoire qu'il sait habiter.
Pour aller plus loin.
- Dardaillon, Sylvie et Meunier, Christophe. « Le « Roman des bêtes » : petit traité de mésologie et d'anthropologie ? ». Strenæ, 2024. Un article qui revient directement sur Bourru et son apprentissage forestier.
- Gaiotti, Florence. « L'animal, d'hier à aujourd'hui ». La Revue des livres pour enfants, n° 308, 2019. Une mise en perspective de l'animal-personnage chez le Père Castor.
© Père Castor-Flammarion · Lida · Rojan.

