Thèmes principaux : arrivée dans un nouveau pays, accueil, famille, codes sociaux, comique du quotidien.
Un ours à la gare.
Les Brown rencontrent Paddington sur un quai de gare, près du service des objets trouvés. Une étiquette accrochée à son cou demande que l'on s'occupe de lui. Sa tante Lucy, qui l'élevait au Pérou, vit désormais dans une maison pour ours retraités. Paddington a gagné l'Angleterre clandestinement, en voyageant dans un canot de sauvetage et en se nourrissant de marmelade. Les Brown décident de l'accueillir chez eux. Son nom péruvien leur paraît impossible à comprendre. Mme Brown lui donne alors celui de la gare où ils viennent de le trouver.
Le livre raconte ses premières semaines dans cette famille à travers huit chapitres assez autonomes. Un bain manque de tourner au désastre. Le lendemain, Paddington découvre le métro. Plus tard, une sortie au grand magasin ou une soirée au théâtre offrent de nouveaux terrains à ses mésaventures. Le dernier chapitre est consacré à son anniversaire. La progression est donc moins celle d'une grande aventure continue que celle d'une installation, épisode après épisode, dans une vie nouvelle.
Prendre les mots au sérieux.
Une grande part de l'humour vient de la façon dont Paddington comprend ce qu'on lui dit. Il raisonne avec sérieux et applique les mots à ce qu'il voit. Dans le métro, une pancarte indiquant le chemin vers la station Paddington lui paraît naturellement parler de lui. Au théâtre, il prend pour réel le conflit joué sur scène. Voyant un père chasser sa fille, il gagne les coulisses pour demander à l'acteur de la reprendre.
Le règlement du métro fournit un autre exemple révélateur. L'inspecteur reproche plusieurs infractions à Paddington et invoque des règles destinées aux « personnes ». Judy lui fait remarquer que le texte ne dit rien des ours. La plaisanterie est brève, mais elle dit beaucoup de la mécanique du livre. Paddington apprend les usages du monde humain. Sa présence en fait apparaître les bizarreries.
Trouver sa place.
Ses mésaventures racontent aussi la place qu'il se fait parmi les Brown. Il reçoit une chambre et le même argent de poche que Judy et Jonathan. Bientôt, il devient l'ami de M. Gruber, qui tient une boutique à Portobello Road. Son vieux chapeau et le souvenir de tante Lucy restent avec lui. Sa vie londonienne s'ajoute ainsi à celle qu'il a connue auparavant, sans l'effacer.
Les dessins à l'encre de Peggy Fortnum accompagnent très bien ce décalage. Paddington y garde le corps d'un petit ours, mais le moindre geste rend lisibles son embarras ou son indignation. À table, une tasse devient un piège. Dans la salle de bains, son petit corps suffit à faire paraître la baignoire immense. Sur l'escalator, cette disproportion transforme la chute en gag visuel. L'image accentue le comique tout en préservant le sérieux du personnage.
D'un chapitre à l'autre, Bond revient souvent au même ressort, si bien que la mécanique peut devenir prévisible. Elle reste efficace grâce à la précision des situations et au regard très particulier de Paddington. Le rire vise autant ses mésaventures que les certitudes du monde qui l'entoure. C'est ce double regard qui donne au roman sa saveur durable.
© Michel Lafon · Michael Bond, ill. Peggy Fortnum, trad. Jean-Noël Châtain.

