Couverture de Le môme en conserve, de Christine Nöstlinger, illustré par La Mouche (Le Livre de Poche Jeunesse).
© Le Livre de Poche Jeunesse.
Titre Le môme en conserve
Titre original Konrad oder Das Kind aus der Konservenbüchse
Autrice Christine Nöstlinger
Traduction Alain Royer
Couverture et illustrations La Mouche
Édition originale Verlag Friedrich Oetinger, Hambourg, 1975
Première édition française Hachette, 1982, dans la traduction d'Alain Royer
Genre roman humoristique et satirique à ressort fantastique
Âge indicatif à partir de 9 ans
Thèmes éducation, conformisme, autonomie, famille, amitié

Un colis qui dit « maman ».

Mme Berthe Bartolotti vit seule, tisse des tapis et commande par correspondance des objets dont elle oublie ensuite l'existence. Un matin, on lui livre un colis de vingt kilos. Il contient une immense boîte de conserve, avec un sachet de « bouillon de culture ». Une fois réhydraté, le petit être desséché qui s'y trouve devient Frédéric, un garçon de sept ans déjà pourvu d'un acte de naissance et de certificats de vaccination.

Mme Bartolotti ne se souvient pas de l'avoir commandé. Dès qu'il l'appelle « maman », pourtant, elle s'attache à lui. Son ami M. Alexandre, pharmacien très attaché aux convenances, se proclame bientôt père du garçon, avec l'accord de Frédéric. La situation tient de la farce, mais l'attachement devient sérieux.

La couverture prend le titre au pied de la lettre : Frédéric y est assis dans la boîte ouverte, au milieu d'une cuisine. À l'intérieur, les illustrations en noir et blanc de La Mouche isolent les gestes et les situations les plus cocasses. Plusieurs sont accompagnées de courtes légendes qui soulignent encore l'absurdité de la scène.

Le cauchemar de l'enfant modèle.

Frédéric a été formé pour combler les adultes. Il lit couramment, écrit sans faute et calcule avec une facilité déconcertante. Surtout, il prend chaque règle au pied de la lettre. Entré directement en CM1, il émerveille sa maîtresse. Celle-ci le donne sans cesse en exemple et lui confie même la surveillance de la classe. Elle fait ainsi de lui l'auxiliaire de son autorité. Ses camarades finissent par le détester. Frédéric voudrait se faire accepter, mais l'enseignement reçu dans l'« atelier de finition » lui rend la désobéissance presque impossible.

Christine Nöstlinger tire une grande part du comique du vocabulaire industriel. Les lettres de l'usine désignent Frédéric comme un « produit » que le service après-vente peut reprendre. Or ce produit souffre, s'attache aux autres et cherche sa place. Le roman vise ainsi un rêve adulte assez inquiétant : obtenir un enfant prévisible que l'on pourrait régler une fois pour toutes.

Les rôles sont dessinés à gros traits. M. Alexandre veut tout régler, jusque dans l'assiette de Frédéric, tandis que Mme Bartolotti fait confiance à l'imprévu. La maîtresse valorise l'obéissance. Cette caricature laisse peu de place aux nuances, mais elle donne au roman son allant et sa netteté.

Se défaire du mode d'emploi.

L'usine finit par découvrir son erreur. Mme Bartolotti avait commandé deux agendas et Frédéric devait être livré à un couple qui attendait un enfant parfaitement obéissant. Pour empêcher qu'on le reprenne, elle le cache chez M. Alexandre. Sophie, sa voisine et son amie, entreprend alors de le rendre méconnaissable. Elle le félicite lorsqu'il jure, lui apprend à écrire de travers et l'encourage à dessiner sur les murs.

Le stratagème fonctionne. Face au directeur de l'usine et au couple venu le chercher, Frédéric joue si bien le garnement qu'ils refusent de le reconnaître. Après leur départ, M. Alexandre refuse qu'il reste grossier, Mme Bartolotti refuse qu'il redevienne l'enfant programmé d'autrefois. Sophie lui glisse simplement qu'ils verront cela ensemble.

La fin laisse Frédéric sans nouveau mode d'emploi. Il échappe à l'enfant modèle conçu par l'usine comme au mauvais garçon joué pour la tromper. Pour la première fois, la suite lui appartient.

© Le Livre de Poche Jeunesse · Christine Nöstlinger.