Thèmes principaux : peur, prise de risque, apprentissage, relation parent-enfant.
Une prune au-dessus de sa tête.
Ourson convoite une prune violette au sommet de l'arbre. Avant de grimper, il imagine ce qui pourrait arriver. Il se demande s'il va rater son élan. Puis viennent la peur de glisser, de s'écorcher et, surtout, celle de tomber. Sa mère prend chacune de ses inquiétudes au sérieux. Elle lui répond que ces choses arrivent parfois et qu'on peut continuer malgré elles.
Ourson finit par se lancer. Il monte jusqu'au fruit, tend la patte et chute. Une prune tombe elle aussi. Il la goûte, puis reprend l'ascension. Au terme de cette seconde tentative, il atteint les prunes et se régale.
La peur dans les mots, l'élan dans l'image.
Pendant qu'Ourson hésite, les images ne restent pas immobiles. Le dialogue revient selon un mouvement presque ritualisé : une inquiétude, une réponse calme (« Ce n'est pas grave », « Ça arrive »). La parole dit encore la crainte alors que l'image le montre déjà dans l'arbre. Ce léger décalage évite que l'album se réduise à une suite de conseils rassurants.
Kate Gardiner travaille ici à la gouache et au crayon de couleur. Les tons sourds et les formes simples maintiennent la scène dans une douceur visuelle, y compris au moment de la chute. L'album fait sentir le risque sans le dramatiser.
Une mère qui laisse faire.
Randall de Sève a expliqué que l'histoire lui était venue après avoir observé une mère ourse grimper très haut dans un arbre tandis que deux oursons, restés au sol, essayaient de la suivre, tombaient et recommençaient. L'anecdote aide à comprendre ce que le livre met en jeu : Maman Ourse reste présente, mais l'ascension appartient à son petit.
C'est sans doute le geste le plus juste de l'album. La mère accepte l'idée d'un essai imparfait. Elle donne à Ourson assez de confiance pour tenter, puis pour recommencer après la chute. La peur annoncée survient réellement et l'aventure continue.
Le livre reste très lisible, parfois même au prix de la surprise : son intention apparaît vite et la progression laisse peu d'ambiguïté. La mise en scène est cependant assez précise pour éviter la simple morale. Le dialogue donne un appui à Ourson pendant que les images enregistrent ses progrès. Ici, grandir tient dans un geste très concret : remonter dans l'arbre.
© Didier Jeunesse · Randall de Sève, ill. Kate Gardiner, trad. Rosalind Elland-Goldsmith.

