Thèmes principaux : fraternité, voyage, persévérance, peur.
Suivre les rails.
Depuis le début de l'été, Simon travaille dans une fabrique de marteaux. Avant, il allait à l'école. L'argent qu'il a gagné lui permet d'acheter un billet pour rejoindre son grand frère, qui vit de l'autre côté de la montagne. À la gare, il apprend que le train du soir est annulé. Son frère lui conseille de prendre celui du lendemain matin et promet de l'attendre. Simon préfère partir tout de suite.
Comme il connaît mal la route, il suit la voie ferrée. Quand les rails entrent dans un tunnel sombre, il choisit de passer au-dessus, par la montagne. Le soir tombe, puis la nuit. Après des heures de marche, Simon doute de son idée, se repose quelques minutes et repart. À l'aube, il aperçoit enfin le village et la gare. Mais le train du matin surgit du tunnel : son frère doit déjà l'attendre. Simon court jusqu'à la gare et arrive juste avant lui. La surprise est réussie. Sur le chemin du village, des amis prennent les deux frères dans leur camionnette. Simon, épuisé, se repose contre son frère.
Quand l'image mesure le chemin.
La couverture donne déjà le principe visuel du livre. Simon court sur une voie ferrée qui traverse la page, tandis que la montagne occupe l'arrière-plan. À l'intérieur, les rails servent d'abord de guide. Lorsqu'ils disparaissent dans le tunnel, les cadrages s'élargissent et Simon paraît soudain très petit face aux pentes. Dans les pages nocturnes, son corps blanc devient parfois un simple point dans l'immensité.
Ce contraste est délibéré. Adrien Albert a expliqué qu'il cherchait un animal assez vulnérable pour inquiéter le lecteur et un personnage blanc pour rester visible dans la nuit. Le lapin répondait aussi à l'endurance nécessaire au héros. Les couleurs accompagnent le voyage. L'orange du soir cède la place aux bleus presque noirs, avant le retour de la lumière au matin. Adrien Albert dit avoir pensé la couleur comme un élément de mise en scène, lié au passage du temps et à l'humeur de Simon.
À l'approche de la gare, le livre accélère. Le « TCHOUUU » du train éclate dans l'image, puis les pages décomptent « cinq, quatre… trois… deux… un… ». Après la lente traversée nocturne, ce changement de rythme transforme les dernières pages en véritable course.
Une petite épopée.
L'origine du livre éclaire aussi sa surprenante première phrase, où un lapin a quitté l'école pour travailler à l'usine. Adrien Albert raconte être parti des Enfants Tanner de Robert Walser, attiré par l'entrée dans la vie active et le passage entre ville et nature. Il a ensuite profondément remanié cette trame pour construire un album plus resserré, porté par le suspense.
L'auteur-illustrateur revendique d'ailleurs la dimension initiatique de ses albums. Simon part pour retrouver son frère, puis découvre ce que sa décision exige de lui. Il connaît la peur et le doute. Au bout du voyage, il est épuisé.
Adrien Albert donne avec conviction l'ampleur d'une petite épopée à un trajet très simple.
Pour aller plus loin.
- Adrien Albert raconte la naissance de Simon sur les rails, sa lecture de Robert Walser et son travail sur les images dans un entretien mené par Rachel Dionnet pour la librairie Libr'enfant de Tours, publié par Citrouille Hebdo, le webzine des Librairies Sorcières.
- Pourquoi Simon est-il un lapin blanc ? Adrien Albert revient notamment sur la conception de son personnage dans une rencontre avec l'association L.I.R.E.
© L'École des loisirs · Adrien Albert.

