Couverture de Rita la poule veut un bébé, de May Angeli (Les Éditions des Éléphants) : une poule orange gravée sur bois, dans l'herbe jaune.
© May Angeli / Les Éditions des Éléphants.
Titre Rita la poule veut un bébé
Autrice et illustratrice May Angeli
Première édition française Paris : Les Éditions des Éléphants, 2016
Genre Album narratif
Technique Gravure sur bois
Âge indicatif dès 3 ans

Thèmes principaux : désir d'enfant, attente, peur, relation aux animaux.

Garder enfin un œuf.

Rita ne pond jamais au même endroit. Pourtant, chaque fois, elle se trahit : aussitôt l'œuf pondu, elle chante et Irma la fermière arrive pour le prendre. Le merle lui souffle alors une idée. La prochaine fois, Rita devra mieux cacher son œuf et garder le silence. Elle installe une vieille corbeille près d'une poubelle, la garnit de plumes et d'herbes sèches, puis y pond en silence et se met à couver.

Le jour, elle veille sur son œuf. La nuit, enfermée au poulailler, elle imagine le pire. Dans ses cauchemars, un renard, une belette et un rat découvrent le nid. Puis la pluie la retient trois jours. Rita sait que l'œuf va éclore sans elle et en perd l'appétit. Quand Irma la laisse enfin sortir, elle court au nid. Il ne reste que des coquilles.

Quand l'image fait attendre.

Rita part à la recherche de son petit. Elle interroge le hibou, puis le moineau. Personne ne l'a vu. Son regard se tourne alors vers les chats qui rôdent autour de la poubelle.

May Angeli donne ici beaucoup à l'image. Des gravures en pleine page alternent avec de petites scènes disposées sur fond blanc. Ce rythme est très sensible à la lecture. Certaines pages ouvrent largement le paysage ou installent une menace, d'autres isolent Rita dans l'espace de la page et prolongent son inquiétude.

Les gravures sur bois, travaillées dans des tons de bleu, de vert, d'orange et d'ocre, laissent apparaître les traits creusés dans les plumes, les herbes ou les pelages. Cette matière donne au décor une présence très concrète. Le texte prête à Rita des pensées et des peurs, mais l'histoire passe toujours par son corps de poule qu'elle utilise pour couver, puis pour se défendre.

Du côté des chats.

Autour de la poubelle, les chats se disputent, la bouche pleine. Rita s'avance tête baissée, prête à se battre, puis s'arrête. Son poussin est là, blotti contre des chatons rassasiés.

La scène retourne le soupçon installé depuis plusieurs pages. Les chats semblaient annoncer le danger mais il n'en était rien, bien au contraire. Rita repart avec son petit vers la ferme et décide de le présenter à Irma, en imaginant déjà sa réaction : « Elle va en faire une tête ! »

La réussite de l'album tient à cette économie. Le lecteur comprend tout de suite ce que veut Rita, puis partage son inquiétude au fil des séparations. La gravure et le rythme des pages donnent de l'ampleur à une intrigue très simple, sans l'alourdir. La dernière pirouette retrouve la malice du début car, après avoir tout fait pour cacher son œuf à Irma, Rita choisit désormais de lui montrer son poussin.

Pour aller plus loin.

  • « May Angeli, les couleurs de l'enfance ». Centre national de la littérature pour la jeunesse, BnF. Sur son travail de graveuse sur bois et sur les quelque neuf cents planches et dessins originaux qu'elle a donnés au CNLJ. La page renvoie à une bibliographie complète de son œuvre.

© Les Éditions des Éléphants · May Angeli.