Couverture de Dans sa maison, un grand cerf, de Jutta Bauer (L'École des loisirs).
© L'École des loisirs.
Titre Dans sa maison, un grand cerf
Titre original Steht im Wald ein kleines Haus
Autrice et illustratrice Jutta Bauer
Édition originale Moritz Verlag, Francfort, 2012
Première édition française L'École des loisirs, 2012
Genre album-comptine à structure répétitive
Âge indicatif dès 3 ans
Thèmes peur, refuge, accueil, solidarité, saisons

Une comptine qui devient histoire.

La forêt est d'abord couverte de neige. Depuis sa maison rouge, le grand cerf voit un lapin courir vers lui. Le lapin frappe : un chasseur le poursuit et menace de le tuer. Le cerf ouvre aussitôt. L'image ajoute une drôlerie que le texte ne commente pas : interrompu en plein repas, il paraît sur le seuil avec sa cuillère et son pantalon à fleurs. Peu après, le lapin est installé à sa table.

Le dispositif recommence dans un paysage devenu vert. Un renard, poursuivi par le même chasseur, arrive et trouve refuge dans la maison. Puis vient le renversement. À l'automne, le chasseur approche avec son chien et son fusil. Affamé, il frappe lui aussi chez le cerf. La dernière scène les rassemble, avec le chien, autour de la même table.

Jutta Bauer a fait davantage qu'illustrer la comptine bien connue. Son éditeur allemand précise qu'elle l'a prolongée de deux strophes, avec l'arrivée du renard puis celle du chasseur. La répétition devient le moteur du récit : chaque visite rappelle la précédente jusqu'au moment où celui qui faisait peur demande à son tour qu'on lui ouvre.

Ce que les images font durer.

Le texte tient en quelques formules. Au début, la maison semble presque perdue derrière les grands troncs noirs. Le regard se rapproche ensuite du lapin en fuite, de la porte, puis de l'intérieur éclairé. Jutta Bauer ralentit ainsi une action que la comptine raconterait en quelques secondes.

Elle donne aussi au lecteur une longueur d'avance. Avant l'arrivée du chasseur, le texte précise que le cerf ne l'a pas vu par la fenêtre. L'image montre alors les animaux occupés à l'intérieur tandis que l'homme et son chien approchent dehors.

Les saisons accompagnent cette construction. La neige disparaît, le sol verdit, puis l'automne donne à la forêt ses teintes rouges. Sur la quatrième de couverture, la maison est de nouveau sous la neige. Le paysage a accompli son cycle et le refuge s'est peu à peu ouvert.

La version française cache enfin une petite histoire de traduction par l'image. Jutta Bauer a expliqué à Ricochet que la chanson allemande place un chevreuil à la fenêtre. Pour correspondre au « grand cerf » français, elle a ajouté des bois à son personnage.

De « me » à « nous ».

Le déplacement le plus fin tient peut-être à quelques pronoms. Le cerf invite d'abord le lapin à venir « me serrer la main ». Avec le renard, il propose de venir « lui serrer la main » : le lapin fait désormais partie de ceux qui accueillent. Lorsque le chasseur entre, la formule devient « nous serrer la main ».

La psychologie reste sommaire et le chasseur passe très vite de poursuivant à invité. C'est la principale réserve que l'on peut faire au livre. La forme de comptine assume pourtant cette rapidité : le geste compte davantage que l'explication. La dernière image achève le mouvement. La maison du cerf, d'abord simple refuge, est devenue un lieu où même celui qui faisait peur peut être reçu.

Pour aller plus loin.

Jutta Bauer revient sur la fabrication de l'album dans un entretien accordé à Ricochet, « La reine des couleurs reçoit Ricochet dans son royaume », où elle explique notamment avoir ajouté des bois à son personnage pour transformer le chevreuil de la comptine allemande en grand cerf français.

© L'École des loisirs · Jutta Bauer.