Thèmes principaux : art, portrait, conformisme, tromperie, ruse.
Un portrait pour séduire.
Lapin est riche et connaît peu la peinture. Lorsqu'il reçoit une lettre de Belette, jeune actrice new-yorkaise à la recherche d'un époux, il décide de lui envoyer son portrait. Son ami Cochon l'envoie à la galerie d'Âne où expose Maître Renard. Lapin s'y sent vite déplacé. Autour de lui, chacun paraît comprendre et admirer des œuvres qui le laissent perplexe.
Renard accepte la commande, fait poser son modèle, puis diffère la livraison. Quand le portrait est enfin dévoilé, Lapin découvre une toile entièrement blanche. Ses amis, eux, s'extasient. Leur assurance finit par ébranler la sienne et il envoie le tableau à Belette. Celle-ci regarde simplement ce qu'elle a sous les yeux : aucun portrait. Elle ne veut plus de lui pour époux. Reste une dernière surprise. On apprend finalement que Lapin avait payé les imposteurs avec de faux billets.
Voir avec les yeux des autres.
La parenté avec Andersen est revendiquée par Emmanuel Trédez. Le déplacement vers le monde de l'art fonctionne particulièrement bien. Lapin se sait novice. Il accorde donc plus de crédit au jugement des initiés qu'à sa propre perception. C'est ce doute qui fait fonctionner l'arnaque.
La satire vise surtout la peur de paraître ignorant lorsque ceux qui passent pour des connaisseurs affirment qu'une œuvre est admirable. Les illustrations compliquent heureusement la plaisanterie. Elles jouent avec l'histoire de l'art : on y reconnaît notamment des échos de Marcel Duchamp, René Magritte, Hokusai ou Piet Mondrian. Le livre invite à regarder ces détournements tout en observant ceux qui prétendent savoir ce qu'il faut en penser.
Ce que l'image sait déjà.
Le texte, organisé en quatrains rimés, suit le parcours et les hésitations de Lapin. L'image donne parfois une longueur d'avance au lecteur. Lorsque Renard invente des excuses pour justifier son retard, une illustration le montre par exemple en train de jouer au morpion au lieu de travailler. Nous comprenons alors ce que Lapin ignore encore : Renard le trompe.
Ce décalage fait beaucoup pour l'humour de l'album. Il place aussi l'enfant lecteur dans une position intéressante. Celui qui se croyait peut-être moins compétent que les adultes ou les connaisseurs devient ici celui qui repère le mensonge.
Une fable qui garde sa morsure.
Les personnages sont dessinés à gros traits, comme souvent dans une fable. Renard est le beau parleur, Cochon le conseiller peu fiable et Lapin la victime influençable. Cette netteté sert efficacement la mécanique du récit. La dernière page déplace pourtant les rôles. Lapin, que l'on croyait entièrement dupé, avait lui aussi préparé son tour.
La fin est d'autant plus savoureuse que la ruse change de camp. La toile blanche aura surtout révélé la fragilité d'un jugement soumis au regard des autres. Une question demeure après le rire : à partir de quand cesse-t-on de croire ce que l'on voit parce que les autres affirment voir autrement ?
Pour aller plus loin.
- Le site d'Emmanuel Trédez, où l'auteur présente ses ouvrages, dont celui-ci, avec un accès à plusieurs entretiens.
© Didier Jeunesse · Emmanuel Trédez, ill. Delphine Jacquot.

