Thèmes principaux : maladie grave, mort, imagination, langage, amour filial, amitié.
Le mot qui manque.
La mort manque au titre. Elle traverse pourtant tout le roman. Le narrateur, dont on ne connaîtra ni le prénom ni le nom de la maladie, sait qu'il risque de mourir. Il vit avec sa mère, Cathie, dans un appartement au vingtième étage face à la mer. Très malade, souvent alité, il a connu l'hôpital et ses examens, puis des traitements qui le font souffrir. Sa mère l'entoure de gestes tendres et de « mots doudoux ». Lui aussi fabrique ses mots.
La douleur devient un « rongevrille », les moments de souffrance des « bobochagrins ». Sa peur nocturne prend même un corps : la Vomille, créature répugnante qui vient le tourmenter. Ces inventions n'effacent pas ce qu'il sait. Le garçon se souvient des médecins qui parlent parfois au-dessus de sa tête et comprend qu'ils ne pourront pas le guérir. En donnant d'autres noms à ce qu'il subit, il transforme cependant la maladie en une histoire qu'il peut encore raconter.
Un monde d'en dedans.
Melchior Lescale, le voisin du dessous, comprend cette façon de tenir. Ce grand homme qui boite aime les bateaux et prétend avoir été pirate. Lorsque l'enfant lui annonce qu'il va sûrement mourir, Melchior répond avec calme que lui aussi mourra un jour. Il évite l'apitoiement et prend au sérieux l'imaginaire du garçon.
À partir de ses histoires, le récit bascule de plus en plus souvent vers la Loindicie, que Melchior présente comme le « monde d'en dedans ». L'hôpital y devient le lac Linique et les soignants se changent en Toubibiatres ou Picurologues. Le Grand Escornifleur décide du temps accordé à chacun. Sur La Mélopée, le bateau pirate de Melchior, l'enfant peut courir et se battre. Il finit par rejoindre l'équipage. Le jeu avec les mots s'est élargi jusqu'à produire un monde où ce qui l'effraie devient visible, donc affrontable.
Les illustrations en noir et blanc de François Roca, souvent placées à l'ouverture des chapitres, accompagnent discrètement ce passage. Elles donnent une apparence à la Vomille et aux figures de Loindicie sans représenter continûment ce monde intérieur. Sur la couverture, Melchior et l'enfant sont déjà réunis devant la mer. Le voyage est là avant même la première page.
Quand les deux mondes se rejoignent.
Après une nouvelle hospitalisation, le monde réel et la Loindicie finissent par se confondre. Dans les dernières pages, l'enfant aperçoit sa mère face au médecin, assise dans le « fauteuil à mauvaises nouvelles ». Melchior lui annonce qu'il est temps de partir. Cathie ne peut pas l'accompagner, du moins pas encore. Avant de rejoindre les pirates, son fils lui adresse la formule du titre : « Toi et moi, c'est à la vie, à la… » Puis le roman s'achève sur quelques mots très simples : « Je vais un peu dormir, maintenant. » Tout conduit à comprendre ce départ comme l'approche de la mort, sans que le décès soit raconté.
Le foisonnement des néologismes demande parfois un temps d'acclimatation, surtout au début. Marie-Sabine Roger traite un sujet redoutable sans transformer son personnage en objet de compassion. Elle lui conserve sa drôlerie et sa lucidité, portées par une voix qui reste pleinement la sienne. Quand presque tout lui échappe, sa façon de nommer le monde lui appartient encore.
Pour aller plus loin.
- GAIOTTI, Florence. « Deuil et affabulation », dans Expériences de la parole dans la littérature de jeunesse contemporaine. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2009 : la section « Des jeux langagiers pour faire face à l'ineffable » est consacrée à ce roman (lecture en ligne libre sur OpenEdition Books).
© Nathan · Marie-Sabine Roger, ill. François Roca.


