Thèmes principaux : peur, regard, cachette, malentendu.
Une chambre où chacun se cache.
Profitant de l'absence du lion, un garçon entre dans sa chambre. Des pas le font sursauter : persuadé que le lion revient, il se glisse sous le lit. C'est pourtant une petite fille qui paraît. Elle entend elle aussi quelqu'un approcher et disparaît sous le tapis.
D'autres curieux entrent à leur tour : un chien, un autre garçon, puis une volée d'oiseaux. Chaque nouvel arrivant provoque la même frayeur et pousse le précédent à se dissimuler, dans le lustre, derrière le miroir ou les rideaux. Les cachettes finissent par modifier l'aspect de la pièce. Lorsque le lion entre enfin, il prend peur devant ce décor devenu méconnaissable et se réfugie sous sa couverture. À la fin, une souris se pose sur sa tête et y trouve assez de calme pour s'endormir.
Ce que le lecteur voit.
Dans un entretien au CNLJ, Adrien Parlange rattache lui-même ce dispositif au théâtre. La chambre devient un espace de représentation que le lecteur peut embrasser du regard. Le décor, réalisé en linogravure, réduit le mobilier à quelques signes graphiques et donne d'abord une impression de fixité. D'une page à l'autre, pourtant, les corps cachés le déforment.
Le texte annonce des bruits de pas et maintient longtemps le lion hors champ. L'image montre ce qui se passe dans la pièce. Une fois caché, chaque personnage ne peut plus vérifier ce qu'il entend. Le lecteur conserve une vue d'ensemble. Il comprend la méprise avant ceux qui la vivent.
L'humour vient en grande partie de cet écart. La même peur recommence, mais nous savons chaque fois quelque chose de plus que le personnage tapi dans sa cachette. La répétition prépare ainsi l'arrivée du seul visiteur que tous attendaient.
Le lion a peur à son tour.
La chute retourne tout ce qui précède. Pendant presque tout l'album, le lion effraie sans apparaître. Lorsqu'il entre enfin, la chambre déformée suffit à l'inquiéter. Celui que tous redoutaient finit caché comme les autres.
Il n'y a pas de morale énoncée. Adrien Parlange se contente de faire circuler la peur jusqu'à celui qui en était jusque-là la cause. Ce déplacement donne à la chute sa drôlerie, sans refermer le livre sur une explication.
Un album à regarder lentement.
Le décor extrêmement dépouillé peut dérouter au premier abord. Mais l'œil finit par accrocher de petits changements. Le moustique et l'araignée se déplacent. Les oiseaux s'animent eux aussi. Les personnages ne restent pas tout à fait immobiles. Une seconde lecture fait apparaître ce que la première avait laissé passer.
C'est sans doute la force la plus singulière de La Chambre du lion. L'histoire repose moins sur le nombre des péripéties que sur une différence de regard. Les personnages imaginent ce qu'ils ne voient pas. Le lecteur, placé devant la scène, voit ce qui leur échappe. Chez Adrien Parlange, regarder fait avancer l'histoire.
Pour aller plus loin.
- Le site d'Adrien Parlange, où l'auteur consacre une page à cet album.
- GOUZERH, Anouk. « Adrien Parlange à Moulins ». CRILJ : une lecture du hors-champ et de la place donnée au lecteur.
- VIGUIER, Marie. « Rencontre avec Adrien Parlange : « Chaque livre est un nouveau jeu » ». Maze, octobre 2024 : un entretien sur sa manière de concevoir l'album et la linogravure.
- BnF/CNLJ, « Trois questions à Adrien Parlange » : un entretien avec l'auteur, accompagné de la critique de l'album.
© Albin Michel Jeunesse · Adrien Parlange.

