Motifs principaux : fuite, peau, déguisement, robes merveilleuses, bague, reconnaissance, vertu éprouvée.
Un conte de fuite.
Tout commence dans un royaume apparemment comblé : un roi puissant, une reine aimée, une fille unique, un palais fastueux et même un âne extraordinaire, capable de produire chaque matin des écus et des louis d'or. La mort de la reine dérègle cet ordre. Lié par le serment de n'épouser qu'une femme plus belle et plus sage que son épouse défunte, le roi finit par tourner son désir vers sa propre fille.
La force de Peau d'âne tient alors à sa manière de ne pas affronter directement le pouvoir. Conseillée par sa marraine la fée, elle demande d'abord des robes impossibles : couleur du Temps, de la Lune, puis du Soleil. Chaque demande devrait retarder le mariage. Chacune révèle au contraire jusqu'où peut aller l'obstination du roi. Lorsque la peau de l'âne est accordée à son tour, il ne reste plus qu'une solution : partir.
Ce que le merveilleux révèle.
Le conte joue sans cesse sur l'écart entre l'éblouissement et la salissure. Les robes disent la beauté, le rang, la lumière alors que la peau d'âne cache, protège et défigure. Réfugiée dans une métairie, la princesse devient souillon, lave des torchons, nettoie l'auge aux cochons et subit les moqueries des valets. Pourtant, le dimanche, seule dans sa chambre, elle rouvre sa cassette, retrouve ses habits et se regarde à nouveau comme princesse.
Ce moment est essentiel. Il ne s'agit pas seulement de coquetterie. Peau d'âne conserve, dans le secret, une identité que le monde ne sait plus lire. Le déguisement l'efface aux yeux des autres, mais il lui permet de survivre.
Une fin heureuse, mais pas simple.
Le prince l'aperçoit par le trou de la serrure, garde son image en mémoire, puis demande une galette faite par Peau d'âne. L'anneau retrouvé dans la pâte lance l'épreuve de reconnaissance. Princesses, marquises, duchesses, puis femmes de rang plus modeste : toutes essaient l'anneau, mais seule Peau d'âne peut le porter.
Le dénouement répare l'ordre social : la princesse est reconnue et le mariage peut avoir lieu. Mais cette fin heureuse ne doit pas faire oublier la violence initiale. La moralité prétend ramener le conte du côté du devoir et de la vertu récompensée. Le récit, plus trouble et plus riche, laisse surtout entendre qu'il faut parfois fuir pour rester fidèle à soi-même.
Pourquoi le relire aujourd'hui ?
Peau d'âne est un conte patrimonial à lire avec attention. Il fascine par ses images somptueuses mais il importe surtout par sa noirceur maîtrisée. Peau d'âne n'est pas une héroïne conquérante. C'est une héroïne qui se sauve. Sa force tient à sa patience, à sa ruse, à sa capacité de disparaître pour ne pas être prise.
Charles Perrault, Peau d'âne (1694), texte du domaine public · Gravure de Gustave Doré (1862), domaine public.