Thèmes principaux : fratrie, place assignée, stéréotypes de genre, corps, force, musique, émancipation.
Une petite fille qu'on rétrécit.
Pavlina vit avec son père et ses trois frères. Elle aime le piano mais se retrouve surtout chargée du linge et du repassage parce que les corvées se décident à la lutte et qu'elle perd presque toujours. Tout est dit là, sans grand discours : dans cette maison, la force physique règle l'ordre domestique. Le surnom « Brindille » est à première vue affectueux. Il réduit aussi Pavlina à sa maigreur, à sa fragilité supposée et à la place qu'on lui assigne.
Un soir, son père remarque son œil au beurre noir. Pavlina ne dénonce personne. Elle annonce seulement qu'elle arrête le piano et qu'elle se met à la boxe. Le basculement est drôle, presque brutal, mais il n'a rien d'un caprice. La boxe devient son langage de transition : puisqu'on ne l'écoute pas quand elle joue, elle va apprendre à se faire entendre avec ce que les autres comprennent.
Le ring, pas la revanche.
Ce qui rend l'album intéressant, c'est qu'il ne transforme pas Pavlina en petite machine à gagner. L'entraînement lui donne confiance, son crochet du gauche impressionne, les corvées diminuent, les frères la regardent autrement. Rémi Courgeon montre aussi le prix de cette conquête car les doigts rouges et gonflés l'empêchent de jouer du piano. Quand son père l'invite à jouer Mozart, elle explose : elle ne veut plus être appelée Brindille, elle veut qu'on dise son prénom.
La victoire n'est donc pas seulement sportive. Avant le combat, Pavlina trouve dans ses gants les mots d'encouragement de ses frères et une photographie de sa mère accompagnée du mot de son père. La famille ne devient pas parfaite mais elle commence enfin à la soutenir. Après le match gagné, les frères cessent de l'appeler Brindille. Le piano revient dans l'appartement. Et Pavlina ne remet plus jamais les gants.
Des images qui frappent et qui allègent.
Les images de Rémi Courgeon donnent au récit une puissance très graphique. Corps massifs des frères, aplats violets, rouges et noirs, objets agrandis jusqu'au symbole : gant de boxe, corde à sauter, piano, linge suspendu. Le texte lui-même semble jouer avec l'image : il se pose sur un tee-shirt, suit la courbe d'une corde, s'inscrit dans de grandes formes qui deviennent presque des lettrines. L'album met en page la transformation de Pavlina.
On peut discuter le détour par la boxe : faut-il entrer dans le jeu de la force pour être reconnue ? Mais l'album répond avec finesse en refermant cette parenthèse. Pavlina ne conquiert pas une identité de combattante. Elle obtient le droit de rouvrir les poings, de retrouver ses doigts, son piano et son prénom. Brindille est ainsi un album vif, drôle, un peu cabossé, mais très juste sur ce moment où un enfant comprend qu'il doit parfois faire du bruit pour que les autres entendent enfin la musique.
© Milan · Rémi Courgeon.