Thèmes principaux : amitié, antisémitisme, persécution, conformisme, responsabilité.
Quand le quotidien se referme.
Hans Peter Richter construit le roman par scènes brèves, presque toujours datées. En 1929, M. Resch, le propriétaire, insulte Frédéric qui joue dans la neige. En 1933, les garçons découvrent le boycottage d'un commerce juif. Le père de Frédéric perd son emploi aux Postes. Frédéric doit ensuite quitter son école.
Les années passent et son espace se réduit. En 1938, il est humilié à la piscine. Lors du pogrom, l'appartement des Schneider est saccagé. Sa mère, trouvée très mal en point dans l'appartement dévasté, meurt dans la nuit. En 1941, son père est arrêté avec le rabbin qu'il cachait. Frédéric se retrouve seul et vit clandestinement. Un an plus tard, affamé, il revient chez son ami pour demander une photographie de ses parents. Pendant un bombardement, M. Resch le chasse de l'abri de l'immeuble. On retrouve Frédéric mort devant la maison.
Le livre suit un mouvement de rétrécissement. La neige, l'école, la piscine ou la maison étaient des lieux familiers, ils deviennent un à un hostiles ou interdits.
Voir sans tout comprendre.
Le narrateur reste sans prénom. Son regard donne au roman une grande part de sa force parce qu'il n'est pas celui d'un héros rétrospectivement irréprochable. Il aime Frédéric et tente parfois de le défendre, mais fréquente aussi la Jeunesse hitlérienne. Son père adhère au Parti pour retrouver du travail et obtenir de l'avancement, tout en avertissant M. Schneider du danger.
La scène la plus dérangeante survient pendant le pogrom. Entraîné par la foule, le garçon participe au saccage d'un foyer juif et prend plaisir à briser ce qui l'entoure. Puis il aperçoit son visage dans un morceau de miroir. L'excitation retombe. Il s'enfuit, écœuré. Hans Peter Richter montre combien la persécution s'installe aussi grâce à l'entraînement collectif, aux accommodements et à la peur. Le narrateur voit beaucoup, mais ne mesure pas toujours immédiatement ce dont il est témoin.
Un classique à lire avec son histoire.
Paru en Allemagne en 1961, Mon ami Frédéric a compté parmi les premiers romans allemands pour la jeunesse consacrés directement à la persécution des Juifs. La recherche universitaire a depuis souligné certaines limites. Le long discours de M. Neudorf, par exemple, cherche à défendre les Juifs tout en reprenant des généralisations sur leur histoire et leur religion qui demandent aujourd'hui à être discutées. L'extermination reste largement hors du récit.
Le péritexte de l'édition du Livre de Poche Jeunesse, avec ses notices sur le judaïsme et sa chronologie, porte la même volonté d'expliquer. Il mérite d'être replacé dans son époque. La couverture de Thomas Ehretsmann résume visuellement le mouvement du livre : Frédéric, marqué de l'étoile jaune, apparaît devant une croix gammée qui le dépasse de toutes parts.
La force du roman demeure dans cette progression concrète. Il montre comment une amitié peut continuer alors que, autour d'elle, tout un monde s'organise pour la rendre impossible.
Pour aller plus loin.
- MIKOTA, Jana. « Représentations de la Seconde Guerre mondiale dans les livres pour la jeunesse allemands ». La Revue des livres pour enfants, n° 276, 2014 : pour situer le roman dans l'histoire de la littérature de jeunesse allemande.
- MÉDARD, Véronique. « Trois auteurs racontent la Deuxième Guerre mondiale aux enfants ». Société française de littérature générale et comparée : une lecture croisée de Judith Kerr, Hans Peter Richter et Joseph Joffo.
© Le Livre de Poche Jeunesse · Hans Peter Richter, trad. Anne Georges, ill. Thomas Ehretsmann.

