D'une ferme anglaise au front français.
Acheté encore poulain par un fermier du Devon, Joey est apprivoisé par son fils, Albert, qui lui apprend à répondre à un sifflement et à labourer. Quand la guerre éclate en 1914, le père d'Albert, endetté, vend le cheval à l'armée britannique.
Joey part en France avec le capitaine Nicholls, tué lors d'une charge de cavalerie. Le cheval change ensuite de cavalier et de fonction. Capturé avec Topthorn, un grand cheval noir devenu son compagnon, il tire une charrette qui ramène les blessés à un hôpital allemand. À la ferme d'une jeune Française nommée Émilie et de son grand-père, ils reçoivent des soins attentifs. Quand l'hôpital s'éloigne, ils travaillent quelque temps à la ferme, jusqu'à ce que de nouveaux soldats les réquisitionnent pour l'artillerie.
Topthorn meurt d'épuisement. Joey s'enfuit, se blesse dans les barbelés et atteint le no man's land, la zone découverte entre les tranchées ennemies. Un soldat allemand et un soldat gallois sortent sous des drapeaux blancs pour le secourir. Ils examinent ensemble sa jambe. Un tirage à pile ou face décide que Joey sera conduit dans les lignes britanniques.
Ce qu'un cheval peut raconter.
Joey comprend les paroles humaines, mais il perçoit surtout les voix et ce que son corps endure. Il reconnaît Albert à son sifflement. Il distingue une main légère d'une conduite brutale. Le conflit devient un mors qui blesse ou un canon trop lourd à tirer. Il se mesure aussi aux nuits passées dans la boue.
Ce point de vue rend visibles les usages du cheval. Joey porte d'abord un cavalier. Il tire ensuite des ambulances, puis de lourds convois d'artillerie. Les armées disposent de son corps, sans pouvoir effacer sa mémoire ni ses attachements. Son récit traverse les deux camps et juge chacun selon la manière dont il le traite.
Revenir sans oublier.
Recueilli dans un hôpital vétérinaire britannique, Joey y retrouve Albert, engagé dans ce service pour le retrouver. Le garçon confirme son identité grâce à leur ancien sifflement. Avec l'équipe vétérinaire, Albert le soigne et Joey survit au tétanos. Après l'armistice, le cheval est pourtant mis aux enchères. Le grand-père d'Émilie l'achète pour tenir la promesse faite à sa petite-fille avant sa mort. Il le cède ensuite à Albert pour un sou, à condition que l'histoire d'Émilie continue d'être racontée.
Avant le premier chapitre, une note décrit un portrait de Joey accroché dans la mairie du village. Morpurgo a inventé ce tableau. Il donne au roman l'apparence d'une histoire vraie conservée dans la mémoire du village. La fin répond à cette ouverture : Joey et Albert rentrent au Devon, mais le récit garde le souvenir de Topthorn, d'Émilie, du capitaine Nicholls et des autres compagnons morts en France.
Les sauvetages de dernière minute et les retrouvailles finales assument les ressorts du roman d'aventures, parfois au prix d'une émotion appuyée. La force de Cheval de guerre tient à son choix le plus simple : confier la mémoire du conflit à un animal qui en ignore les causes et en supporte pourtant le poids.
Pour aller plus loin.
Michael Morpurgo, « Chères lectrices, chers lecteurs », La Revue des livres pour enfants, no 250 : l'auteur raconte la naissance du roman et son choix d'un narrateur cheval (texte en accès libre sur le site du CNLJ).
Matthieu Letourneux, « Le réalisme romanesque de Michael Morpurgo », dans le même numéro : une étude accessible de l'œuvre et de son inscription dans le roman d'aventures.
© Gallimard Jeunesse · Michael Morpurgo.


