Couverture de Mimi et moi, de Leo Timmers (Cambourakis).
© Leo Timmers / Cambourakis.
Titre Mimi et moi
Titre original Kiki & ik
Auteur et illustrateur Leo Timmers
Traduction Laurent Bayer
Édition originale Querido, Amsterdam, 2025
Première édition française Cambourakis, 2025, dans la traduction de Laurent Bayer
Genre album narratif
Âge indicatif dès 5 ans
Thèmes relation à l'animal, croissance, attachement, solitude, passage du temps

Une amitié vue par Lily.

Un matin, le père de Mimi ramène un cheval à la maison. Mimi apprend à monter Lily et prend soin d'elle. Très vite, la petite fille et la jument deviennent inséparables. Elles parcourent ensemble les prairies, la côte et les collines. Les promenades se succèdent au fil des saisons. Les images montrent Mimi en train de grandir.

Le changement arrive par petites touches. Mimi vient moins souvent. Puis un garçon entre dans sa vie. Lorsqu'ils partent en barque vers un phare, Lily reste seule au bord de l'eau et se croit oubliée. Charlie, un autre cheval, lui apporte une présence nouvelle. Mimi revient ensuite avec son compagnon. Dans la dernière chevauchée, ils sont désormais quatre.

Ce que Lily ignore, les images le montrent.

Lily raconte l'histoire à la première personne. Elle sait ce qu'elle éprouve, mais comprend mal les raisons de l'éloignement de Mimi. Les images en disent davantage. Elles montrent l'enfant devenue jeune femme et la place prise par le nouveau venu. Un décalage s'installe ainsi entre la tristesse de la jument et ce que le lecteur devine.

Ce choix donne au récit sa justesse. Mimi avance dans sa propre vie et Lily ressent pleinement la disparition de leurs habitudes. L'album rend alors très concrète une crainte familière : voir un lien changer et redouter de compter moins pour l'autre. Le point de vue du cheval permet d'aborder cette expérience sans transformer l'histoire en leçon.

Le temps change de format.

Leo Timmers alterne deux manières de dessiner. Les scènes du quotidien, tracées à la plume et à l'encre noire sur des fonds presque vides, concentrent l'attention sur les gestes et les attitudes. De grandes doubles pages peintes à l'acrylique ouvrent ensuite le paysage. Mimi et Lily y deviennent de petites silhouettes sous un ciel immense.

L'auteur explique que les pages en noir et blanc resserrent l'intimité, tandis que les peintures replacent les personnages dans un monde plus vaste. La couleur accompagne aussi leurs émotions : lumière d'un commencement, exaltation de la course, grisaille de la séparation. Les pages muettes font sentir les années qui passent sans avoir besoin de les compter. Pour rendre les mouvements de Lily crédibles, Timmers a notamment étudié Animals in Motion d'Eadweard Muybridge.

Revenir, autrement.

Timmers présente ce livre comme son album le plus personnel. Son père lui avait acheté un cheval lorsqu'il avait une dizaine d'années. Bien plus tard, le départ progressif de ses deux filles devenues adultes a nourri cette histoire sur les êtres qui grandissent et ceux qui les regardent partir.

La fin console franchement : Lily rencontre Charlie, puis retrouve Mimi. Leur ancien tête-à-tête a pourtant disparu. La petite fille a grandi et la dernière promenade accueille deux nouveaux venus.

Cette résolution rapide laissera peut-être certains lecteurs sur leur faim, tant la solitude de Lily avait été rendue sensible. Elle reste cohérente avec la douceur de l'ensemble. Mimi et moi réussit surtout à montrer qu'un attachement peut demeurer vivant quand la relation change. Le livre touche par la manière dont ses images ouvrent l'espace et laissent le silence raconter.

Pour aller plus loin.

Le site de Leo Timmers, où l'auteur présente ses albums, ses images et l'actualité de son travail (le site est en anglais).

© Cambourakis · Leo Timmers.