Thèmes principaux : grandir, désir d'agir, relation entre enfant et adulte, attention au vivant.
Une idée encore difficile à nommer.
Au début de l'histoire, le petit lèche ses doigts couverts de confiture tandis que le grand lit. Aucun des deux n'est nommé autrement : l'album les appelle simplement « le petit » et « le grand ».
Pour comprendre ce que l'enfant cherche, le grand propose des comparaisons. Une montagne serait beaucoup trop grande. Un éléphant est trop gris, une tour trop haute. Le phare paraît plus proche de l'idée, parce qu'il se dresse au bord de la mer et éclaire la nuit. Pourtant, le petit ne veut pas construire un phare. Il s'en sert pour approcher une pensée encore imprécise.
Son problème finit par apparaître clairement. Il voudrait accomplir dès maintenant une action qui compte. Attendre l'âge adulte la rendrait peut-être plus facile, mais cette attente le contrarie justement.
Chercher ensemble.
Le grand avance à tâtons lui aussi. Il comprend parfois de travers et reconnaît intérieurement qu'il ne sait plus très bien où en est leur discussion. Il continue pourtant d'écouter. Lorsqu'il voudrait prendre le petit dans ses bras, il sent qu'un câlin serait malvenu et retient son geste.
Il propose une promenade. Sur la plage, sous une pluie légère, le petit court dans le sable et y trace un grand cercle. Puis il revient prendre la main du grand. Devant l'océan, il éprouve de nouveau le sentiment qu'une grande action est possible.
Le geste qui donne la réponse.
Au moment de repartir, le petit aperçoit un poisson rejeté par la mer. L'animal est coincé entre des rochers, dans une crevasse que les vagues ne remplissent que par moments. L'enfant le saisit malgré son corps lisse et le porte avec précaution jusqu'au rivage.
Il entre dans les vagues et le relâche. Il reste un instant à regarder l'eau, dans l'espoir de le voir réapparaître. Quand il rejoint le grand, il est trempé et grelotte.
Sur le chemin du retour, le grand lui dit qu'il vient d'accomplir quelque chose de grand. La réponse est devenue évidente : grâce à l'enfant, le poisson a retrouvé la mer. Pour l'animal, ce geste change tout.
Des images qui prolongent le dialogue.
Les illustrations d'Ingrid Godon rendent visible l'écart entre les personnages. Le corps du grand remplit parfois la page ou sort du cadre. Le petit paraît minuscule auprès du phare et face à la mer. Ailleurs, leurs profils se superposent, comme si le dessin les rapprochait pendant qu'ils cherchent leurs mots.
Les pastels aux contours souples et les larges blancs laissent de la place aux silences. Dehors, le rouge du manteau du petit guide le regard au milieu des gris et des verts de la plage. À la fin, le grand soulève l'enfant et le porte jusqu'à la maison. Il peut enfin le prendre dans ses bras.
L'album convainc parce qu'il fait naître sa réponse d'une action précise. La définition arrive après le geste : l'adulte reconnaît la valeur de ce que l'enfant a choisi de faire. Le petit a la même taille qu'au début, mais son action a compté pour un autre vivant.
© La Joie de lire · Sylvie Neeman et Ingrid Godon.