Couverture de Mielours et les abeilles, de Mylène Rigaudie (ABC Melody).
© Mylène Rigaudie / ABC Melody.
Titre Mielours et les abeilles
Autrice et illustratrice Mylène Rigaudie
Première édition française ABC Melody, 2025
Genre Album narratif
Âge indicatif dès 4 ans

Thèmes principaux : rumeur, préjugés, voisinage, abeilles, apiculture, lecture.

On ne sait rien, mais on en parle.

Le village est installé en quelques pages. Mélopée, une chevrette passionnée de lecture, tient la librairie sur la placette. Friton le sanglier cultive son potager, tandis qu'Atchoum le blaireau s'occupe de la pharmacie. Hulotte habitait près de chez eux avant de partir pour de lointaines contrées.

Un matin, les volets de sa maison sont de nouveau ouverts. Personne ne sait ce qui s'est passé, mais chacun donne pourtant son avis. Puis Mielours apparaît. Les voisins remarquent surtout ses siestes et son jardin « tout foutraque ». L'état de la maison alimente encore les commérages.

Le lecteur dispose d'une information qui change tout. Lors d'un voyage en Sibérie, Mielours a rencontré Hulotte. Elle lui a proposé de loger chez elle et lui a laissé les clés dans le creux d'un arbre. Il est donc là avec son accord. Le plaisir du début tient beaucoup à ce décalage : nous voyons une réputation se fabriquer en sachant déjà qu'elle repose sur une vision très incomplète de celui qu'elle désigne.

Ce que l'image sait de Mielours.

Les illustrations prolongent ce jeu. La première vue d'ensemble présente un village ordonné, dont on peut parcourir les maisons et les chemins du regard. Chez Mielours, l'atmosphère change. Des bagages et des objets hétéroclites évoquent les voyages mentionnés par le texte. Le personnage que les voisins résument à ses siestes possède manifestement une histoire plus vaste.

Le texte fait entendre les commentaires du village. L'image, elle, donne de l'épaisseur à celui qui en est la cible. Cette petite avance transforme le lecteur en témoin critique de la rumeur.

Un livre au bon moment.

L'arrivée d'un énorme essaim d'abeilles dérègle soudain la vie du village. Les habitants se tournent vers Mielours : puisqu'il est un ours, ils supposent qu'il saura quoi faire. Sa réponse passe pourtant par l'apprentissage. Il va chez Mélopée chercher un manuel d'apiculture, puis décide de s'occuper des abeilles.

Le détail est savoureux. La librairie, présente dès le début, acquiert une fonction dans l'action. Mielours cherche un savoir avant d'agir. Le cliché d'une compétence naturelle de l'ours cède ainsi la place à un apprentissage.

Le retournement garde malgré tout une petite aspérité. Les voisins sollicitent Mielours au moment où ils ont besoin de lui. Faut-il se montrer utile pour que le regard du groupe change ? L'album laisse cette question ouverte derrière son humour.

Mielours et les abeilles tient surtout à une construction simple et bien réglée. La rumeur précède la rencontre, tandis que les images corrigent discrètement le jugement collectif. Au moment décisif, un livre fournit au héros le moyen d'agir. Une manière légère de rappeler que, face à ce qu'on connaît mal, l'enquête vaut mieux que les idées toutes faites.

© ABC Melody · Mylène Rigaudie.