Couverture d'Une histoire à quatre voix, d'Anthony Browne (Kaléidoscope).
© Anthony Browne / Kaléidoscope.
Titre Une histoire à quatre voix
Titre original Voices in the Park
Auteur-illustrateur Anthony Browne
Traduction Élisabeth Duval (de l'anglais)
Première publication Doubleday, 1998
Édition française Kaléidoscope, 1998
Genre Album narratif à points de vue multiples
Âge indicatif dès 8 ans

Thèmes principaux : regard social, solitude, amitié, point de vue, relation texte-image.

À noter : Anthony Browne retravaille ici une première version de cette promenade, publiée en 1977 et rééditée en français sous le titre Promenade au parc.

Quatre récits pour une sortie.

Le dispositif tient en quelques lignes. Une mère et son fils, un père et sa fille, chacun avec son chien, se croisent au parc. Mais l'album ne raconte pas quatre promenades : il fait revenir la même scène, chaque fois depuis une autre conscience.

La première voix est celle de la mère de Charles. Elle sort avec son fils et Victoria, leur labrador de race. Au parc, un autre chien vient courir après Victoria. Elle le regarde comme un intrus. Plus tard, elle retrouve Charles en train de parler avec une enfant qu'elle juge aussitôt peu fréquentable. La promenade se referme sur un retour silencieux.

La deuxième voix appartient au père de Réglisse. Il avait besoin de quitter la maison. Assis sur un banc, il parcourt le journal à la recherche d'un travail, sans trop y croire. Sa fatigue colore tout ce qu'il voit. Réglisse, elle, le ramène vers quelque chose de plus léger : sur le chemin du retour, sa parole joyeuse suffit à éclaircir la journée.

Charles raconte ensuite la même sortie depuis son ennui. Chez lui, il se sent seul. Au parc, il regarde les chiens courir et aimerait avoir leur liberté. Quand Réglisse lui propose le toboggan, il la suit. Elle grimpe, ose, rit. Lui s'étonne, puis entre dans le jeu. Réglisse, de son côté, voit d'abord un garçon un peu timide, puis un compagnon possible. Avant de partir, Charles lui donne une fleur. Elle la garde, la met dans l'eau et prépare une tasse de thé à son père.

Ce que l'image raconte.

La réussite de l'album tient à cette variation très lisible. Les typographies changent selon les voix, les couleurs aussi. Le parc ne paraît jamais tout à fait stable. Il se ferme, s'assombrit ou s'ouvre selon celui qui le traverse. Les saisons accompagnent les états intérieurs des personnages : l'automne de la mère, l'hiver du père et de Charles, puis l'éclaircie qui vient avec le jeu.

Rien n'est seulement décoratif. Une ombre, une statue, un détail étrange peuvent dire ce que le texte tait. Anthony Browne invite ainsi le lecteur à comparer, à repérer ce qui manque, ce qui se déforme, ce que les adultes ne voient pas toujours et qui circule pourtant entre les enfants.

Pourquoi le lire aujourd'hui.

On pourrait réduire Une histoire à quatre voix à une leçon sur les différences sociales. L'album dit bien quelque chose des préjugés, de l'argent et de la solitude. Mais sa force tient surtout à sa forme : il fait sentir qu'un événement n'existe jamais tout à fait de la même manière selon la voix qui le raconte.

C'est un livre exigeant, accessible dès qu'on accepte de regarder autant que de lire.

© Kaléidoscope · Anthony Browne.