Couverture des Trois ours, de Paul Galdone (Circonflexe).
© Paul Galdone / Circonflexe.
Titre Les trois ours
Auteur et illustrateur Paul Galdone
Traduction et adaptation Émilie Fargeas
Titre original The Three Bears (Clarion Books, 1972)
Édition originale Clarion Books, New York, 1972
Première édition française Circonflexe, coll. « Aux couleurs du temps », 2003, dans l'adaptation d'Émilie Fargeas
Genre Album, adaptation d'un conte traditionnel
Âge indicatif dès 3 ans

Thèmes principaux : conte traditionnel, intrusion, répétition, transgression.

Une maison à la mesure des ours.

Paul Galdone conserve un trait des formes anciennes du conte : ses trois ours ne sont jamais présentés comme un père, une mère et leur enfant, mais d'abord distingués par leur taille. Leur maison, elle, est très humaine. On les voit lire assis sur leurs chaises et dormir sous des couvertures, tandis que le dessin conserve leurs corps massifs et leurs griffes. Cette proximité avec les humains ne les transforme donc jamais tout à fait en peluches.

Un matin, la bouillie préparée pour le petit déjeuner est trop chaude. Les ours partent marcher dans les bois le temps qu'elle refroidisse. Leur porte reste non verrouillée : le narrateur précise qu'ils sont confiants et n'imaginent pas que quelqu'un puisse leur faire du mal. Boucles d'Or arrive pendant leur absence. Elle regarde par la fenêtre, observe ensuite par le trou de la serrure, puis tourne la poignée et entre.

Le plaisir de recommencer.

À l'intérieur, le récit avance par reprises. Boucles d'Or goûte la bouillie du grand ours, trop chaude, puis celle de l'ours moyen, trop froide. Le contenu du petit bol lui convient et elle le mange entièrement. Dans le salon, elle essaie les chaises. La plus petite lui plaît tant qu'elle s'y balance jusqu'à la casser. Elle monte ensuite dans la chambre et s'endort dans le petit lit, après avoir essayé les deux autres.

Galdone transforme la répétition traditionnelle du conte en jeu graphique. Sur plusieurs pages, les essais successifs de Boucles d'Or sont disposés les uns au-dessous des autres, comme les temps d'un petit numéro comique. La fillette multiplie les mimiques et prend ses aises avec une assurance remarquable. Son énorme nœud, ses bas rayés et la dent de devant qui lui manque lui donnent une présence très concrète, loin d'une Boucles d'Or simplement décorative.

Les traces d'un passage.

Quand les ours reviennent, le parcours recommence à l'envers. À table, les cuillères laissées dans deux bols et le petit bol vide révèlent le passage de quelqu'un. Dans le salon, les coussins ont bougé et la chaise du petit ours est brisée. Dans la chambre, l'oreiller du grand ours et la couverture de l'ours moyen sont dérangés. Puis le petit ours découvre Boucles d'Or dans son lit.

Au réveil, le jeu tourne court. Boucles d'Or ouvre les yeux sur les trois ours qui la regardent. Effrayée, elle saute du lit, gagne la fenêtre ouverte et s'enfuit sans se retourner. Les ours restent dans la maison. La dernière page précise simplement qu'ils ne reverront jamais la fillette.

Paul Galdone ne bouleverse donc pas le vieux conte : il en conserve au contraire la mécanique avec une grande fidélité. Sa version se distingue ailleurs, surtout dans le dessin. Boucles d'Or prend ses aises avec une drôlerie qui empêche d'en faire une simple coupable, tandis que les trois propriétaires, malgré leurs livres, leurs lits et leurs habitudes très humaines, gardent leurs griffes et leurs corps d'ours. Aucune morale finale ne vient départager les personnages. Le comique de l'intrusion demeure ainsi traversé par une légère inquiétude : quand Boucles d'Or ouvre les yeux, les paisibles habitants de la maison redeviennent soudain, pour elle comme pour le lecteur, trois ours.

© Circonflexe · Paul Galdone, traduction et adaptation d'Émilie Fargeas.