Couverture de La Vague, de Suzy Lee (Kaléidoscope).
© Suzy Lee / Kaléidoscope.
Titre La Vague
Titre original The Wave
Autrice et illustratrice Suzy Lee
Édition originale Chronicle Books, San Francisco, 2008
Première édition française Kaléidoscope, 2009
Genre album sans texte
Techniques fusain, peinture acrylique et manipulation numérique
Thèmes mer, jeu, audace, surprise, mouvement
Âge indicatif dès 4 ans

Un jeu à distance.

La fillette arrive sur la plage avec sa mère, qui reste bientôt hors du champ. Quelques mouettes suivent l'enfant tandis qu'elle observe l'eau. Au premier mouvement de l'écume, elle se sauve. Elle revient pourtant, bondit devant les vagues et finit par les provoquer, les mains sur les hanches.

Les oiseaux accompagnent chacun de ces changements. D'abord rangés derrière elle, ils courent dans son sillage avant de prendre leur envol. Leur agitation prolonge la sienne et rend visibles ses hésitations, puis son plaisir croissant. Suzy Lee semble confirmer que les mouettes répondent aux émotions et aux mouvements de l'enfant.

Le pli au milieu de l'histoire.

La double page répartit d'abord les espaces avec une grande netteté. À gauche, la plage, la fillette et les mouettes sont dessinées en noir et gris. À droite s'étend la mer bleue. Le pli central trace entre elles une frontière très concrète.

Quand la fillette se risque vers l'eau, son corps s'engage dans la reliure et paraît un instant coupé en deux. Cette disparition partielle est voulue : le pli devient un passage entre la plage et le domaine de la vague. Ce même travail sur les frontières matérielles du livre se retrouve dans d'autres albums comme Miroir-miroir et Ombres.

Quand le bleu déborde.

Le jeu semble tourner à l'avantage de l'enfant jusqu'à ce qu'une vague bien plus haute se dresse devant elle. La fillette la défie encore. Le déferlement envahit alors les pages. On la retrouve assise sur le sable, trempée et saisie par la surprise.

Le bleu, jusque-là concentré dans la mer, gagne sa robe puis remplit le ciel. L'eau se retire ensuite et découvre des coquillages. La fillette les ramasse avant de repartir avec sa mère. Les pages de garde conservent la trace de l'épisode : presque grises au début, elles se couvrent à la fin de coquilles et d'étoiles de mer dessinées en bleu.

Faire récit sans écrire une phrase.

Tout passe par les attitudes, les déplacements et la couleur. Les postures de l'enfant montrent son appréhension, son assurance grandissante, puis sa stupeur. Les espaces blancs installent l'attente tandis que les projections de peinture donnent au déferlement son énergie. Même le geste de tourner la page participe au suspense.

C'est là que l'album impressionne le plus. La reliure, la succession des images et les changements de couleur racontent ensemble. Le silence laisse au lecteur la liberté de mettre la scène en mots, sans effacer la précision de l'action.

Ce dépouillement réclame cependant un regard attentif. Une lecture trop rapide peut laisser échapper le jeu avec le pli ou la transformation des pages de garde. La Vague récompense justement ce ralentissement. Derrière une scène familière, Suzy Lee fait sentir l'élan d'une enfant qui s'aventure vers une mer plus forte qu'elle, puis repart avec ce que la rencontre a déposé sur le sable.

Pour aller plus loin.

« Une conversation avec Suzy Lee », publiée par Kaléidoscope, éclaire le rôle du pli, des mouettes et du silence dans l'album.

Le « Discours d'acceptation de Suzy Lee », publié par Takamtikou (BnF), revient plus largement sur la forme matérielle du livre et la manière dont elle peut devenir une composante du récit.

© Kaléidoscope · Suzy Lee.