Mots-clés : voyage, regard, Europe, album sans paroles.
Un voyageur presque silencieux.
Un cavalier traverse la campagne, gagne des villages, puis des espaces plus animés. On le retrouve d'une double page à l'autre, parfois tout de suite, parfois après une vraie recherche. Autour de lui, la vie continue : des enfants jouent, des adultes travaillent, des animaux passent, une foule se rassemble.
C'est ce qui rend l'album si particulier. Le voyageur n'est pas un conquérant. Il ne résout pas une épreuve, ne sauve personne, ne bouleverse pas les lieux qu'il traverse. Sa présence sert de fil. Elle aide à avancer, mais elle n'empêche jamais de s'écarter vers un détail, une façade, une scène au bord du chemin.
Le monde de Mitsumasa Anno paraît d'abord paisible. Puis, à mesure qu'on regarde, il se peuple de signes, de coutumes, de légendes, d'architectures et de petits récits muets. L'Europe montrée ici n'est pas une carte à apprendre. C'est un espace de mémoire et d'observation, recomposé par l'œil d'un artiste venu d'ailleurs.
Lire en cherchant.
Anno choisit souvent une vue légèrement surplombante. Cette distance permet de suivre les chemins, d'embrasser un village entier et de comprendre comment les scènes se répondent. Mais elle donne aussi envie de descendre dans l'image. On cherche le cavalier, puis l'œil s'attarde ailleurs. Une fenêtre, une procession, un groupe d'enfants suffisent à ouvrir une histoire possible.
L'absence de texte devient alors un vrai choix littéraire. Rien n'impose l'ordre de lecture. Le jeune lecteur peut suivre le trajet principal, revenir en arrière, comparer deux pages, repérer ce qu'un adulte n'aurait pas vu. L'album fait confiance au regard. Il accepte même que chaque lecture soit incomplète.
Une aventure tranquille.
Le livre demande de la patience. Ses nombreuses allusions ne seront pas toutes reconnues et ce n'est pas grave. On peut entrer dans Ce jour-là… sans tout identifier. Le plaisir naît d'abord de l'observation.
Ce jour-là… rappelle qu'une aventure peut tenir dans une manière de regarder. Partir, ici, ne veut pas dire vaincre ou posséder. C'est traverser un monde assez vaste pour qu'il reste, même après plusieurs lectures, quelque chose à découvrir.
© L'École des loisirs · Mitsumasa Anno.