Mots-clés : rencontre, solitude, imaginaire, rapport au groupe, album sans paroles.
Un garçon arrive devant une piscine presque vide. Bonnet blanc, lunettes rondes, maillot noir : il semble hésiter au bord d'une étendue bleue beaucoup trop grande pour lui.
L'attente ne dure pas. Des baigneurs surgissent, chargés de bouées, de palmes et de matelas. Ils envahissent le bassin comme s'il leur appartenait déjà. La piscine vide inquiétait, la piscine pleine intimide tout autant. JiHyeon Lee dessine cette foule en gris et en noir, avec des corps qui se tassent et des visages qui se répètent. Le garçon, lui, reste à part.
Il ne lutte pas pour gagner sa place à la surface. Il plonge. C'est là que l'album bascule.
Sous les jambes des baigneurs, le petit rectangle bleu devient un monde. Un autre enfant, en maillot rouge, apparaît à son tour. Aucun mot ne vient fixer leur rencontre. Ils se regardent, nagent ensemble, avancent dans la même direction. L'amitié naît presque sans événement, dans la découverte d'un espace partagé.
La profondeur se peuple peu à peu. Des poissons colorés passent près des enfants. Des formes végétales et animales les entourent, de grands poissons sombres traversent l'image, une baleine blanche, immense, impose un silence plus vaste encore. Le livre ne dit jamais s'il s'agit d'un rêve, d'un jeu ou d'un autre regard posé sur la piscine. Il garde ce flottement.
L'intérêt de La piscine tient à cette confiance faite aux images. Les blancs des premières pages, l'entassement de la foule, puis l'ouverture sous-marine composent une vraie narration visuelle. L'album n'explique pas la timidité, la solitude ou l'amitié. Il les fait sentir par le rythme, par l'espace laissé autour des enfants, par la façon dont la couleur revient quand ils s'éloignent du bruit.
Au retour, les deux enfants sortent de l'eau. Leurs visages se découvrent. La piscine semble redevenue ordinaire, mais quelques poissons colorés y nagent encore. Ce détail final empêche de refermer trop vite l'aventure.
L'album est une belle réussite parce qu'il ne transforme pas son silence en message. Il invite simplement à regarder sous la surface. Ce qu'on y trouve tient autant au monde imaginaire qu'à la possibilité discrète d'une rencontre.
© Kaléidoscope · JiHyeon Lee.