Thèmes principaux : migration, séparation familiale, déracinement, entraide, adaptation, mémoire.
Un pays dont personne ne donne le mode d'emploi.
L'homme accomplit les formalités d'arrivée, trouve un logement et cherche du travail. Sa femme et sa fille le rejoindront plus tard.
Shaun Tan transforme ce parcours en expérience de lecture. Le récit avance par l'image, sans narration verbale ni dialogue lisible. Une écriture est pourtant présente dans le nouveau pays, sur les papiers administratifs comme dans les rues. Son alphabet inventé reste indéchiffrable. Le lecteur partage ainsi une part très concrète du désarroi du personnage : lui aussi doit observer pour comprendre.
Cette situation se joue surtout dans les gestes ordinaires. Le père montre une adresse pour se faire orienter. Ailleurs, il découvre comment acheter de quoi manger ou utiliser certains objets. Un petit animal à longue queue devient son compagnon. Des habitants lui viennent en aide, plusieurs portent eux-mêmes le souvenir d'un départ difficile. Le récit s'ouvre alors brièvement sur leur passé avant de revenir au personnage principal. La migration apparaît peu à peu comme une somme d'histoires singulières.
Une page qui se lit comme un album de famille.
La mise en page accompagne constamment cette découverte. De petites vignettes attirent l'attention sur une main qui indique un chemin ou sur un visage perplexe. À d'autres moments, de grandes images déploient la ville et laissent l'homme presque minuscule dans l'espace. Les tonalités sépia et les bords parfois usés évoquent les photographies anciennes. Shaun Tan a expliqué s'être nourri d'archives et d'albums de famille. Ce choix éclaire l'impression de mémoire qui se dégage des portraits d'identité et des photographies que les personnages conservent avec eux.
Le pays d'arrivée, avec ses architectures déconcertantes et sa faune inconnue, demeure impossible à situer. C'est précisément ce qui donne sa cohérence au dispositif. À mesure que le père apprend à s'y déplacer et à en reconnaître les usages, le lecteur s'y acclimate avec lui. Certaines séquences de souvenirs demandent un peu plus d'attention, parce qu'elles interrompent brusquement le fil principal. Cette légère résistance ralentit la lecture tout en préservant la clarté du récit.
Le geste qui referme le livre.
La réussite de Là où vont nos pères tient à cet accord très étroit entre le sujet et la forme. L'exil devient, à hauteur de lecteur, une perte momentanée des repères familiers.
La dernière séquence achève ce mouvement avec une grande simplicité. La famille est désormais réunie dans la nouvelle ville. La fille croise une femme qui consulte une carte et lui indique son chemin. Les rôles se sont inversés. Celle qui appartenait hier à une famille nouvellement arrivée sait aujourd'hui orienter quelqu'un d'autre. Le livre peut alors se refermer : l'apprentissage d'un monde étranger a ouvert sur la possibilité d'y accueillir à son tour.
Pour aller plus loin.
- TAN, Shaun. « Là où vont nos pères ». Dargaud, 1er mars 2007. Un texte en français dans lequel Shaun Tan revient sur les origines et la conception de l'album, de son enfance à Perth aux archives qu'il a consultées.
- Le site de Shaun Tan, où l'auteur détaille la genèse du livre, ses recherches et le choix d'un récit sans paroles (en anglais).
© Dargaud · Shaun Tan.



