Thèmes principaux : voyage, régions polaires, animalité, manchots, recherche des siens.
Le mauvais pôle.
Un trou dans la clôture suffit pour lancer l'aventure. Jojo quitte le zoo, marche, puis se jette à l'eau et nage longtemps. Lorsqu'il retrouve enfin la glace, aucun manchot ne l'attend. L'ours polaire qu'il rencontre lui apprend la mauvaise nouvelle : il est arrivé dans l'Arctique.
Il faut donc traverser le monde dans l'autre sens. Une sterne arctique, familière de cette route migratoire, l'accompagne vers le sud. Jojo finit par s'épuiser. Un navire d'expédition le recueille et l'emmène jusqu'en Antarctique. Là encore, la reconnaissance n'est pas immédiate. Il rencontre d'abord des manchots empereurs, puis des manchots Adélie, avant de trouver enfin une colonie de manchots papous.
Le voyage se met en voix.
L'intrigue tient en quelques étapes, mais la lecture à voix haute lui donne son véritable élan. Julia Donaldson écrit en rimes, avec ce sens du refrain et de la relance qui vient de son expérience de la chanson. La version française d'Emmanuel Gros est particulièrement réussie. Les rimes tombent juste sans donner l'impression que la syntaxe a été forcée pour les obtenir. Le texte avance avec Jojo : on entend presque la régularité obstinée de sa marche et de sa nage.
Axel Scheffler raconte le même voyage par les écarts d'échelle. Au zoo, l'image fourmille de personnages. Sur la banquise, Jojo peut au contraire se retrouver presque seul dans une vaste étendue. À l'arrivée, la page se remplit de manchots papous. Ce passage du petit personnage isolé à la foule de ses semblables rend l'aboutissement du périple immédiatement lisible.
La fantaisie garde un pied dans le réel.
Le livre joue avec la géographie et la zoologie. Axel Scheffler l'a lui-même reconnu : les manchots papous vivent dans les régions antarctiques et subantarctiques, mais pas au pôle Sud géographique. D'autres détails sont très bien choisis. La sterne arctique accomplit réellement des migrations entre l'Arctique et l'Antarctique. Elle était donc un guide tout trouvé pour Jojo.
On reconnaît une mécanique que Julia Donaldson et Axel Scheffler maîtrisent depuis longtemps. Un héros animal part au loin, les rencontres scandent son trajet et la rime le conduit jusqu'à une arrivée rassurante. La surprise est moindre que dans leurs albums les plus singuliers. Reste une aventure conduite avec une sûreté remarquable. La traduction se prête admirablement à la voix, tandis que les images donnent une vraie mesure à l'immensité parcourue. Le trajet reste limpide pour les plus jeunes. Jojo se trompe de moitié de planète, mais le livre, lui, sait exactement où il va.
© Gallimard Jeunesse · Julia Donaldson, ill. Axel Scheffler, trad. Emmanuel Gros.

