Thèmes principaux : alimentation animale, vivant, goûts et dégoûts, idées reçues.
Une faim qui ouvre l'enquête.
Lapin Brun a mangé toutes les carottes du pâturage mais il a encore faim. Lapin Beige lui propose d'essayer autre chose. Des vers de terre ? La taupe en raffole. D'autres suggestions amènent dans la conversation le bousier, les termites ou encore l'autruche. Lapin Brun, lui, reste difficile à convaincre. Jusqu'au moment où la question revient à son point de départ : que peut manger un lapin lorsqu'il n'y a plus de carottes ? Les herbes de la prairie apportent finalement la réponse.
Ce récent opus du dialogue entre Lapin Brun et Lapin Beige reprend la mécanique des trois albums précédents, Moi, j'ai peur du loup, Je veux un super-pouvoir et Je confonds tout !. Elle convient particulièrement bien au sujet. Les informations zoologiques surgissent des réactions de Lapin Brun et des réponses de son compagnon. À mesure que la conversation avance, le jeune lecteur découvre des régimes alimentaires qui peuvent d'abord lui paraître surprenants.
Le dessin d'Émilie Vast participe comme d'habitude à cette clarté. Les animaux comme les végétaux sont immédiatement reconnaissables. Son graphisme aux contours nets et aux aplats soigneusement composés donne à observer l'illustration autant qu'à écouter le dialogue. La nature qui entoure les deux lapins compte donc davantage qu'un simple décor car c'est elle qui fournit les réponses.
Sortir le lapin de sa carotte.
La meilleure idée est gardée pour la fin. Depuis le début, Lapin Brun cherche quelque chose qui pourrait remplacer ses carottes. Or celles-ci occupent dans l'imaginaire collectif une place bien plus grande que dans l'alimentation réelle du lapin qui se nourrit principalement d'herbes et d'autres végétaux. Tout était donc là, autour de lui.
La chute retourne avec malice le principe de l'album. Lapin Brun s'étonnait des nourritures appréciées par les autres animaux. Il découvre que sa propre idée du repas du lapin était elle aussi trompeuse.
Cette construction très régulière a sa contrepartie. Dès que le jeu est compris, on devine assez facilement comment se dérouleront les échanges suivants. La répétition prépare cependant efficacement la chute et convient bien à une lecture à voix haute avec de jeunes enfants.
J'ai faim ! trouve surtout sa justesse dans ce petit déplacement du regard. Une carotte qui manque suffit à rappeler que les habitudes d'une espèce paraissent beaucoup moins étranges lorsqu'on cesse de les mesurer aux nôtres.
Pour aller plus loin.
- « Dans le jardin d'Émilie Vast ». Bibliothèques de la Ville de Paris. Un entretien où l'autrice revient sur son enfance passée dehors, sur son choix du noir et des aplats de couleur, puis sur son souhait de renvoyer les enfants au monde réel après le livre.
- Le site d'Émilie Vast, où elle présente l'ensemble de ses livres, ses expositions, ses fresques et ses rencontres.
© éditions MeMo · Émilie Vast.



