Couverture de Loulou, de Grégoire Solotareff (l'École des loisirs).
© Grégoire Solotareff / l'École des loisirs.
Titre Loulou
Auteur-illustrateur Grégoire Solotareff
Éditeur L'École des loisirs, coll. « Albums »
Première publication 1989
Genre Album narratif
Âge indicatif À partir de 5 ans

Thèmes principaux : amitié, peur, différence, jeu, réparation.

Une rencontre qui déplace le conte.

Au début, Tom n'a jamais vu de loup. Le jeune loup, lui, n'a jamais vu de lapin. Son oncle veut l'emmener chasser, mais il meurt accidentellement contre un rocher. Resté seul, le jeune loup découvre un terrier où Tom lit tranquillement dans son lit.

Le lapin l'aide à enterrer le vieux loup, puis lui donne un nom : Loulou. Le geste est discret, mais décisif. Celui qui aurait pu rester « le loup » devient quelqu'un avec un prénom presque tendre, choisi par celui qui aurait toutes les raisons de le craindre. Les deux compagnons apprennent alors l'un de l'autre. Tom initie Loulou aux billes, à la lecture, au calcul, à la pêche. Loulou apprend à Tom à courir très vite.

Quand le jeu dépasse Tom.

La fragilité de cette amitié apparaît avec les jeux de peur. « PEUR-DU-LOUP » et « PEUR-DU-LAPIN » semblent se répondre comme deux variantes du même jeu. Pourtant, les deux situations n'ont pas le même poids. Loulou ne craint pas le lapin menaçant. Tom, face au loup, tremble vraiment.

Ce décalage donne au livre sa justesse. Loulou aime Tom et lui promet qu'il ne le mangera jamais. Il ignore encore ce que produisent sa taille, ses dents, sa course, sa façon de surgir. Quand Tom se réfugie dans son terrier et refuse d'en sortir, il ne joue plus. Il se met à l'abri.

Des images qui font sentir la peur.

Les illustrations rendent cette disproportion immédiatement sensible. De grands aplats rouges, jaunes ou bleus installent un monde presque nu. Loulou occupe souvent la page par son museau, ses oreilles pointues, sa queue immense. Tom paraît minuscule, protégé par son lit, son terrier ou le relief d'une colline.

Le cauchemar de Tom frappe par son évidence. Loulou y devient énorme, noir et rouge, gueule ouverte. L'image grossit la peur jusqu'à la rendre visible. Elle dit ce que Tom ressent mieux qu'un long commentaire.

Une réparation par l'expérience.

Loulou comprend tardivement. Parti dans la montagne des loups, il est poursuivi par des loups qui le prennent pour un lapin. Cette fois, la « PEUR-DU-LOUP » traverse son propre corps. Il revient vers Tom avec une promesse née d'une expérience vécue.

La fin reste brève. Tom réfléchit, sort de son terrier, puis les deux amis retournent pêcher ensemble. Cette résolution rapide appartient à la logique du conte, avec son épreuve et son retour. Elle laisse pourtant une idée nette : l'amitié ne tient pas à la bonne intention seule. Elle demande d'entendre la peur de l'autre, même quand on croyait jouer.

© L'École des loisirs · Grégoire Solotareff.