Thèmes principaux : transformations, découverte du monde, création, naissance, fratrie.
Ce que la main recueille.
Plus loin, des morceaux de porcelaine sont recollés et la terre glaise sert à fabriquer un « petit monde ».
La succession est très simple, mais chaque épisode engage un rapport différent à ce qui a été recueilli. Certaines transformations suivent leur cours, comme celle du têtard. La fillette intervient ailleurs, lorsqu'elle soigne l'oiseau ou sème des graines. Elle garde les coquillages dans une boîte à souvenirs et relâche la luciole dans la nuit. Sa main devient ainsi le point de départ d'expériences concrètes, depuis l'observation d'une métamorphose jusqu'au geste de soin ou de création.
Quand la page change d'échelle.
La singularité de l'album apparaît surtout dans sa construction. Sur la page de gauche, Alice Gravier place généralement la fillette au milieu d'un vaste fond blanc. Elle semble toute petite, absorbée par son geste. La page de droite ouvre brusquement l'espace. L'oiseau déploie de grandes ailes colorées. Autour de la grenouille, le bassin se couvre de végétation. Ailleurs, les pâtisseries remplissent l'image presque jusqu'à l'étouffer.
Ce passage du blanc au foisonnement règle le rythme de la lecture. Le texte de Laëtitia Bourget tient en quelques mots, avec l'allure d'une ritournelle. L'illustration prend ensuite le relais. Elle montre parfois une transformation observable. À d'autres moments, elle agrandit le geste jusqu'à la rêverie. Les graines font surgir un jardin luxuriant, tandis que la glaise devient une foule de petites créatures. La phrase lance une possibilité, le dessin lui donne de l'ampleur.
À mi-parcours, le lecteur a compris la mécanique et anticipe le mouvement de la page suivante. La surprise vient alors davantage de ce qu'Alice Gravier invente dans ces grandes images. Cette légère prévisibilité est le revers d'un dispositif très cohérent.
Une main pour accueillir.
La dernière double page éclaire tout ce qui précède. Le texte s'adresse désormais à un « tu » : « Ta tête délicate, et tu m'as souri… » L'image montre la fillette auprès d'un nouveau-né. La dédicace permet de l'identifier : Nicolas, « le petit frère de l'histoire ».
La composition change au même moment. L'alternance entre la petite scène sur fond blanc et l'image foisonnante s'efface. La fillette et le bébé se retrouvent dans un même espace. La main qui recueillait jusque-là un fragment du monde soutient maintenant la tête de l'enfant. Le péritexte avait discrètement préparé cette arrivée : après les dédicaces figurent les mots « Bienvenue à vous dans ce monde / Bienvenue parmi les humains ».
Cette fin transforme la suite d'expériences en chemin vers l'arrivée du bébé. Le titre prend alors une portée nouvelle. L'image suffit à faire comprendre ce déplacement. Avec très peu de texte, Laëtitia Bourget et Alice Gravier construisent une progression claire où le changement d'échelle des images conduit vers un geste d'accueil. C'est cette simplicité tenue jusqu'au bout qui fait la réussite du livre.
Pour aller plus loin.
- Le site de Laëtitia Bourget, où l'autrice présente son travail d'écriture pour la jeunesse et ses projets d'albums.
© Sarbacane · Laëtitia Bourget, ill. Alice Gravier.


