Couverture de L'Atelier des papillons, de Gioconda Belli et Wolf Erlbruch (éditions Être).
© Gioconda Belli · Wolf Erlbruch / éditions Être.
Titre L'Atelier des papillons
Autrice Gioconda Belli
Illustrateur Wolf Erlbruch
Traduction Bernard Friot
Titre original Die Werkstatt der Schmetterlinge
Première édition allemande Peter Hammer Verlag, 1994
Édition française éditions Être, 2003
Genre Album narratif, conte d'origine
Âge indicatif à partir de 9 ans

Motifs principaux : création, beauté, règle, invention, insectes, lien entre faune et flore.

Un papillon avant les papillons.

Avant d'être une évidence, un papillon est presque une énigme. Il a un corps d'insecte, mais semble emprunter aux fleurs leurs couleurs et aux oiseaux leur manière de traverser l'air. L'Atelier des papillons imagine ce moment d'avant, lorsque les papillons n'existent pas encore et qu'il faut bien que quelqu'un trouve comment les faire entrer dans le monde.

Une idée interdite.

Au commencement, les Inventeurs de Toutes Choses fabriquent les plantes et les animaux. Une règle les limite pourtant : la faune et la flore ne doivent jamais être mélangées. Rodolfo, lui, rêve d'une créature qui volerait comme un oiseau et serait délicate comme une fleur. Pour l'éloigner de cette idée trop audacieuse, la Vénérable l'envoie dans l'atelier des insectes, peu considéré par les autres Inventeurs. Il y travaille et cherche longtemps. La fourmi naît de ses essais, la libellule approche de son rêve sans l'accomplir et la chauve-souris surgit d'une tentative malheureuse.

Chercher sans renoncer.

Le cœur de l'album est là, dans cette patience inquiète. Rodolfo ne reçoit pas son idée toute prête. Il la poursuit malgré les moqueries, la fatigue et l'invitation raisonnable à se satisfaire du monde tel qu'il est. Même Fedora, son amie, finit par lui rappeler que tous les rêves ne deviennent pas réalité. Le livre ne fait pourtant pas de Rodolfo un rebelle tapageur. Il reste dans la règle tout en l'explorant jusqu'au bord.

Déplacer la règle.

La révélation vient au bord du lac, lorsqu'un colibri et son reflet brouillent les contours entre oiseau et fleur. Rodolfo comprend alors ce qu'il cherchait. Le papillon sera un insecte avec sa trompe, ses ailes d'écailles et son corps minuscule. Mais il donnera à voir autre chose : une fleur volante, une beauté qui échappe aux catégories trop sages.

Les illustrations de Wolf Erlbruch donnent à cette création un air d'atelier bricolé et de théâtre de papier. Les Inventeurs ont des silhouettes étranges, souvent drôles, parfois un peu inquiétantes. L'album évite ainsi la solennité. L'épisode des mouches, imaginées pour détourner l'attention des autres ateliers, rappelle que l'invention passe aussi par la ruse et le jeu.

C'est un album fort, mais pas un album à lire trop vite. Son texte dense demande de suivre la quête de Rodolfo pas à pas. En échange, il offre une belle manière de parler de la création, de la contrainte et de ce que la beauté change dans notre regard.

© éditions Être · Gioconda Belli · Wolf Erlbruch.