Un prénom laissé en attente.
Maman rentre de l'hôpital avec le petit frère de la narratrice, blotti contre elle. L'enfant est si léger que ses parents l'appellent « Nuage ». Le père explique à sa fille qu'ils ignorent encore si le bébé va rester avec eux. C'est pourquoi il n'a pas reçu son véritable nom.
Le bébé passe parfois plusieurs jours à l'hôpital avec sa mère. Sa sœur vient le voir et grimpe sur un escabeau pour atteindre le « cocon » qui le garde au chaud. Elle ne peut toucher que ses doigts. Le récit ne fournit pas d'explication médicale précise. Le lecteur partage le savoir de la fillette : son frère est très fragile et personne ne connaît encore la suite.
Maman prépare pourtant sa place. Elle tisse un éventail pour la saison sèche et tricote un pullover pour les pluies plus fraîches. Ces objets un peu trop grands font entrer le futur dans l'histoire.
Tenir tête au vent.
Le mot « Nuage » commande le langage du livre. Le danger prend la forme du vent. La sœur décide de lui résister. Son appel « Reste avec nous, Bébé… » revient au fil des pages.
Elle ne peut soigner son frère ni le prendre dans ses bras. Il lui reste la parole. Le refrain maintient le lien et transforme son inquiétude en adresse directe. Le texte demeure fidèle à une pensée d'enfant, concrète et obstinée.
Anne-Catherine De Boel rend la fragilité visible par les écarts d'échelle. Dans les bras de sa mère, le bébé paraît minuscule. À l'hôpital, les lignes blanches du cocon forment une enveloppe protectrice qui tient aussi la sœur à distance. Ailleurs, le père et la fillette, vus de dos, regardent la pluie. Les verts sombres et les ocres donnent à l'attente une présence presque physique.
Le nom et le premier sourire.
Un jour de fête, la grand-mère donne au bébé le nom de son grand-père et de ses ancêtres : Mwémbô Mbatchou. Peu après, il sourit pour la première fois. La fin indique qu'il reprend des forces et grandit. Sa sœur peut enfin envisager de l'emmener partout avec elle.
Le passage de « Nuage » à Mwémbô Mbatchou inscrit l'enfant dans une lignée. La proximité entre la nomination et l'amélioration concentre fortement l'émotion. Elle pourrait faire croire que le nom agit comme un remède. Le récit rapproche surtout ces moments pour donner à la transmission familiale une portée symbolique.
Cette retenue fait la force de l'album. La peur de perdre le bébé est dite avec des mots accessibles, sans transformer sa fragilité en spectacle. Une lecture accompagnée paraît toutefois souhaitable, surtout lorsqu'un enfant connaît une hospitalisation ou un deuil récent. Reste avec nous, Bébé… donne une forme partageable à l'amour inquiet d'une famille et une voix à la sœur qui attend de vivre pleinement avec son frère.
Pour aller plus loin.
« Lire aux bébés en unité néonatale », dans le carnet de recherche Album '50', éclaire la place de la voix et des histoires auprès de nouveau-nés hospitalisés.
© Pastel, l'école des loisirs · Alain Serge Dzotap · Anne-Catherine De Boel.



