Thèmes principaux : animaux anthropomorphes, maison et habitat, propreté et rangement, entraide, contes et merveilleux, cherche-et-trouve et observation, relation texte-image, point de vue et ironie, prédation et humour noir.
Le lecteur a un coup d'avance.
Charlie traverse ce petit monde avec une confiance désarmante. Elle croit que les taupes jouent à cache-cache avec les vers de terre et se porte garante du végétarisme de M. Loup. Un regard autour de soi suffit pourtant à mettre sérieusement cette conviction en doute. Chez lui apparaissent des os, des crânes, des couteaux et même un panier de queues de lapin.
Le ressort comique est là. Charlie explique paisiblement ce qu'elle croit voir, tandis que l'illustration livre au lecteur des indices qu'elle ne remarque pas. L'enfant peut donc comprendre avant elle ce qui se passe réellement. Cette légère supériorité du lecteur donne au livre une malice qui dépasse le simple plaisir de la recherche.
Regarder devient lire.
Le cherche-et-trouve est particulièrement bien employé. Chercher une clé, un coquetier ou un œuf oblige à inspecter les pièces, à revenir sur certains détails et à s'attarder dans les grandes maisons ouvertes au regard. Ce temps d'observation fait apparaître tout ce que le récit verbal laisse de côté.
L'image devient ainsi un second espace narratif. Un objet posé sur une étagère ou dissimulé dans un coin peut suffire à infléchir ce que l'on croyait avoir compris. Le jeu prolonge l'histoire : il invite à la lire autrement, en faisant confiance à ce que l'œil découvre.
Des contes cachés dans les maisons.
Le plaisir vient aussi du monde que Katerina Gorelik compose autour de Charlie. Le loup, la sorcière, le dragon, les licornes ou la famille en pain d'épices font surgir tout un répertoire merveilleux. Chaque lecteur y reconnaîtra ce qu'il connaît déjà. D'autres allusions pourront simplement intriguer et prendre sens plus tard.
Sous l'apparence accueillante de ces intérieurs se glissent pourtant quelques détails franchement macabres, surtout lorsqu'il est question de prédateurs. Cette tonalité peut surprendre. Elle donne aussi à l'album son « mordant » : derrière les maisons douillettes, le vieux monde des contes conserve ses dents.
La réussite de Charlie, la fée du logis tient à cet équilibre. Le livre invite d'abord à chercher. Très vite, il donne surtout envie de regarder mieux. Et plus le lecteur regarde, plus il découvre ce que Charlie, délicieusement candide, continue de ne pas voir.
© Saltimbanque · Katerina Gorelik, trad. Nadja Belhadj.

