Thèmes principaux : vol, mauvaise foi, point de vue, écart texte-image, suspense, enquête.
Un aveu tranquille.
Un petit poisson traverse l'eau noire, avec un minuscule chapeau posé sur la tête. Il avoue aussitôt qu'il vient de le voler à un gros poisson endormi. Dans son esprit, l'affaire est presque réglée : il a pris l'objet, il file et tout devrait bien se passer. C'est précisément là que l'album devient savoureux. Le narrateur se croit malin, mais le lecteur voit déjà les ennuis arriver.
Le petit poisson se fabrique une version commode des faits. Il compte sur le sommeil du gros poisson, puis sur son ignorance. Cela suffit à le rendre sûr de lui. Ce qui fait sourire, c'est ce sérieux avec lequel il arrange sa faute : il sait que voler est mal, mais il veut garder le chapeau qui lui va parfaitement.
L'image, elle, ne se laisse pas convaincre.
Comme d'habitude dans les albums de Jon Klassen, tout le plaisir naît de l'écart entre la parole et l'image. Le texte nous installe dans la tête du voleur. Les illustrations montrent ce qui se passe autour de lui. Le gros poisson ouvre l'œil, comprend que le chapeau a disparu et se lance à sa poursuite. Le petit poisson, pendant ce temps, continue d'avancer, persuadé qu'il ne risque rien.
Un crabe a vu passer le voleur. Le petit poisson croit pouvoir compter sur son silence. Mais lorsque le gros poisson arrive à son tour, le crabe indique la direction prise par le fuyard. La poursuite devient alors très claire pour le lecteur, même si le narrateur ne sait pas qu'il a été trahi.
La cachette et le blanc.
Le petit poisson atteint enfin les hautes plantes serrées où il espère disparaître. Il entre dans la cachette. Le gros poisson y entre à son tour. La scène décisive reste hors champ. Quelques pages plus tard, le grand poisson ressort avec son chapeau.
Ce blanc fait travailler la lecture. Que s'est-il passé dans les plantes ? Le livre laisse chacun reprendre les indices, mesurer le silence, discuter de la fin. Il parle d'une faute assumée et de ce qui peut suivre, avec une grande retenue.
Voilà pourquoi Ce n'est pas mon chapeau fonctionne si bien. C'est un album drôle par son sérieux même, sombre juste ce qu'il faut et très clair pour qui regarde. Le texte avance du côté du voleur. L'illustration ramène patiemment le réel.
© Milan · Jon Klassen.