Couverture de Bonsoir lune, de Margaret Wise Brown, illustré par Clement Hurd (L'École des loisirs).
© L'École des loisirs.
Titre Bonsoir lune
Titre original Goodnight Moon
Autrice Margaret Wise Brown
Illustrations Clement Hurd
Édition originale Harper & Brothers, 1947
Première édition française L'École des loisirs, 1981
Genre album, livre du coucher
Âge indicatif pour les tout-petits
Thèmes coucher, nuit, objets familiers, répétition, passage du temps, sommeil

Faire le tour de la chambre.

L'album s'ouvre sur un inventaire. Le téléphone et le ballon rouge voisinent avec les deux chatons, les mitaines, la petite maison de jouet ou le bol de bouillie de maïs. Aux murs, une vache saute par-dessus la lune et trois petits ours sont assis sur des chaises. Une « vieille dame tranquille » tricote en chuchotant « Chut ». Clement Hurd lui donne dans l'image les traits d'une lapine. Le petit lapin reste dans son lit.

Margaret Wise Brown avait rejoint, dans les années 1930, le groupe d'auteurs réuni autour de Lucy Sprague Mitchell à Bank Street, à New York. Mitchell encourageait pour les très jeunes enfants des histoires ancrées dans leur environnement quotidien. La grande chambre verte porte la trace de cette attention au familier. Elle accueille pourtant, sans rupture, la vache qui traverse le ciel ou les trois ours du tableau : l'imaginaire fait déjà partie du décor.

Dire bonne nuit.

Dans le texte, le rythme repose d'abord sur le retour de « Et » qui fait avancer l'inventaire. Puis « Bonne nuit » prend le relais. La chambre et la lune sont saluées, suivies des animaux et des objets rencontrés auparavant. La répétition devient le mouvement même de la lecture.

Elle réserve aussi une surprise. Au milieu de ces salutations apparaît « Bonne nuit, personne », sur une page presque vide. Plus loin viennent les étoiles, l'air, puis les « bruits partout ». Le cercle des salutations s'élargit : après les choses de la chambre, il atteint ce qui l'entoure sans se laisser saisir de la même façon. Le rituel accompagne ainsi le glissement vers la nuit.

Pendant ce temps, l'image avance.

Les illustrations en couleurs ramènent régulièrement le lecteur dans la même chambre, tandis que d'autres pages isolent en gris certains de ses éléments. À chaque retour, le décor a légèrement bougé. La lune monte derrière les fenêtres et les aiguilles des horloges avancent. La pièce devient plus sombre. La petite souris change de place, offrant un discret jeu de recherche, tandis que le lapin s'enfonce progressivement dans son lit. Sur les dernières pages, la vieille dame n'est plus visible et le petit lapin dort.

C'est là que l'album est le plus convaincant. Son action tient à presque rien, mais ce presque-rien est minutieusement construit. Le texte répète, mais l'image, elle, mesure le temps. Quand retentit le dernier « Bonne nuit, bruits partout », la chambre est toujours là, reconnaissable. Entre-temps, elle s'est endormie.

Pour aller plus loin.

L'historien de la littérature jeunesse Leonard S. Marcus retrace la naissance et l'histoire éditoriale de l'album dans « Le tout premier des livres ou comment Bonsoir lune devint un classique », La Revue des livres pour enfants, n° 193-194 (accès libre sur le site du CNLJ). Il éclaire notamment la place de Margaret Wise Brown dans les débats américains sur les livres destinés aux tout-petits et l'accueil contrasté réservé à l'album lors de sa parution.

© L'École des loisirs · Margaret Wise Brown · Clement Hurd.