Motifs principaux : berceuse, voix, sommeil, nuit, peur apprivoisée, oralité, musique.
Un livre à chanter.
On ouvre À pas de velours comme on baisse la voix. Le livre rassemble vingt-huit chansons à dormir, avec partitions et CD. Il appartient à cette famille de livres musicaux qui se lisent avec l'oreille autant qu'avec les yeux. Le papier appelle déjà la voix de l'adulte.
Un répertoire mêlé.
Le répertoire, choisi par Yves Prual, fait se rencontrer des airs anciens et des créations plus récentes. Anne Sylvestre, Gilles Vigneault, Gérard Delahaye ou Pierre Chêne y voisinent avec Fais dodo Colas mon p'tit frère ou L'était une p'tit' poul' grise. Le mot « berceuse » s'entend donc largement. On y croise de vraies chansons d'endormissement, mais aussi des comptines et des chansons enfantines. Le recueil gagne à cette variété. La nuit y paraît proche, puis soudain inquiétante.
La voix qui rassure.
La préface d'Anne H. Bustarret aide à comprendre ce que le livre cherche à ranimer. Une berceuse vaut par la voix qui revient et par le balancement qu'elle installe. Dans Dodo m'amour ou Dodo ma câline, l'enfant est ramené vers les bras et le coussin. Ailleurs, le dehors insiste. La neige, les bêtes et les chemins noirs restent au bord de la page. La chanson borde le sommeil et le rend habitable.
Une douceur pas toujours lisse.
Le recueil tient surtout à cette part trouble. Le Grand Lustucru passe avec sa besace. Dodo ti pitit' maman fait entendre la menace du « crablan ». La Berceuse du docteur laisse rôder Frankenstein. Ces figures peuvent surprendre aujourd'hui. Elles rappellent pourtant que chanter la peur, c'est déjà lui donner une forme. L'adulte nomme ce qui trouble, puis ramène l'enfant du côté de la voix.
Des images qui veillent.
Les illustrations d'Isabelle Chatellard et Stéphane Girel suivent ce balancement. Elles placent des jouets et des animaux ronds dans des chambres qui veillent, loin de toute imagerie sucrée. Les couleurs chaudes dominent, puis le bleu ou le blanc prennent le relais quand les pages glissent vers la neige ou la glace. Les partitions, souvent posées comme des traces manuscrites, rappellent que ces pages sont faites pour passer par l'oral.
© Didier Jeunesse · Isabelle Chatellard et Stéphane Girel.