Couverture d'Ah la la ! quelle histoire, de Catherine Anne, illustré par Edwige de Lassus (Actes Sud-Papiers, coll. Heyoka Jeunesse) : dans une forêt peinte à l'aquarelle, deux silhouettes d'enfants marchent côte à côte.
© Edwige de Lassus / Actes Sud-Papiers.
Titre Ah la la ! quelle histoire
Autrice Catherine Anne
Illustrations Edwige de Lassus (édition illustrée de 2015)
Première édition française Actes Sud-Papiers, 1995
Création Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, 1994, dans une mise en scène de l'autrice
Genre Théâtre jeunesse, réécriture de contes
Âge indicatif dès 9 ans

Thèmes principaux : réécriture de conte, merveilleux, forêt, ogre, sorcière, ruse, obéissance, amitié, autonomie, métamorphose.

Deux contes se rencontrent.

Dès les premières pages, le terrain est familier. Pouce-Pouce rappelle le Petit Poucet : il a été abandonné dans la Forêt Défendue avec ses six frères. Les miettes semées pour retrouver son chemin ont été mangées par les oiseaux. Petite Peau vient de l'histoire de Peau d'Âne. Après la mort de sa mère, son père veut l'épouser. Les trois robes qu'elle lui demande ne suffisent pas à le détourner de son projet et elle s'enfuit cachée sous la peau de son chien. Deux histoires connues se rencontrent. C'est là que la pièce commence vraiment.

Dans la Forêt Défendue, les deux enfants avancent désormais ensemble. Ils croisent Boustifaille, fille d'un ogre, puis atteignent la maison de son père et s'emparent de ses bottes géantes. Une Vieille leur offre ensuite du lait mêlé d'« herbe d'obéissance » : le refuge devient piège et les enfants sont contraints de travailler pour elle. Plus tard, une grenouille parlante intervient lorsque Pouce-Pouce se change peu à peu en pierre. Elle se révélera être une fée ensorcelée. La pièce progresse par épreuves successives, en faisant circuler des motifs empruntés à plusieurs contes.

Des personnages qui s'entendent parler.

Ce qui lui donne surtout sa personnalité, c'est la parole. Pouce-Pouce se proclame « malin-malin », Petite Peau répète volontiers « très, très », la Vieille bêle ses « mééé ». Boustifaille chante et détourne des comptines. La grenouille fait entrer son coassement jusque dans les mots. Chacun possède une voix immédiatement reconnaissable. C'est par cette oralité que les vieux motifs changent d'allure.

La drôlerie voisine pourtant avec des formes de violence crue. Les parents de Pouce-Pouce abandonnent leurs enfants parce qu'ils n'ont plus rien. Le père de Petite Peau veut épouser sa propre fille. L'ogre dévore des enfants. La Vieille frappe, humilie et soumet les deux héros par magie. Sa mort dans sa propre marmite retrouve la cruauté sans détour des contes traditionnels. Catherine Anne conserve cette part sombre, même lorsque les jeux de langue provoquent le rire.

Choisir de rester ensemble.

Le dénouement donne au parcours sa cohérence. La grenouille propose à Pouce-Pouce la princesse dont il rêve et à Petite Peau le prince qu'elle attend, à condition qu'ils renoncent pour toujours à se voir. Tous deux choisissent de rester ensemble. La fée reprend alors sa véritable forme, fait tomber la peau de chien de Petite Peau et fait de Pouce-Pouce un prince. Le merveilleux demeure, mais il vient consacrer un lien construit au fil des épreuves.

La pièce tient précisément par ce mouvement. Les motifs des contes patrimoniaux sont reconnaissables, puis déplacés par la rencontre de ces deux enfants et par la langue du théâtre. À la fin, on a traversé plusieurs histoires familières sans en avoir simplement relu une seule. Pouce-Pouce et Petite Peau ont trouvé leur chemin à l'intérieur des contes qu'ils avaient reçus en héritage.

Pour aller plus loin.

© Actes Sud-Papiers · Catherine Anne, ill. Edwige de Lassus.