Thèmes principaux : poésie, voyage, imagination, mise en voix, dialogue du texte et de l'image.
Le poème avance comme un train.
Le texte roule par reprises. La formule « tout autour » revient, relance la phrase et agrandit le trajet. On passe de l'école au large, puis du ciel au fond des mers. Un bateau part pour le Japon, de petits mousquetaires actionnent un sous-marin, une maison tente d'échapper à l'hiver. Tout cela compose une rêverie de départ d'où chaque page ouvre une bifurcation.
Prévert garde une langue très simple. Les enfants comprennent le mouvement avant de chercher à tout expliquer. C'est une poésie d'élan, faite pour la voix, presque déjà prête à être chantée. Le voyage tient autant à ce qui arrive qu'à la manière dont les mots se répondent.
L'image met le poème en mouvement.
Jacqueline Duhême répond au texte par des images vives, pleines de couleurs et de petits personnages. Les enfants sont souvent minuscules dans l'immensité du décor. La voie ferrée se courbe, la terre devient ronde comme un jouet, les fleurs gagnent peu à peu la page.
Les illustrations accueillent la fantaisie sans la rendre raisonnable. La lune peut naviguer, un train peut contourner le monde, une maison peut fuir sur des rails. L'album ne transforme donc pas le poème en récit bien ordonné. Il prolonge sa liberté.
Faire revenir le printemps.
Le moment le plus fort arrive avec l'hiver. Une maison fuit devant lui. Les enfants, sur leur chemin de fer, le rattrapent et l'écrasent. Le printemps peut alors saluer les voyageurs. Aussitôt, les fleurs poussent partout, jusque sur la voie ferrée, au point que le train s'arrête de peur de les abîmer.
Cette scène donne au voyage une douceur plus profonde qu'il n'y paraît. Les enfants ne se contentent pas de rêver le monde. Ils participent au retour du printemps. La sortie d'école devient une sortie du cadre, un instant où l'imagination remet la saison en marche.
Pourquoi le lire aujourd'hui ?
En sortant de l'école est une belle entrée dans l'album-poème. Il se prête à la lecture offerte, à la mise en voix, puis à une observation plus fine du dialogue entre le texte et les images. Sa difficulté tient à sa liberté. Certains lecteurs chercheront une aventure suivie, mais ils recevront plutôt une course poétique.
C'est justement ce qui fait son prix. En quelques pages, Prévert et Duhême montrent qu'un poème pour enfants peut être léger sans être mince. Un train imaginaire suffit à déplacer tout le paysage.
© Gallimard Jeunesse · Jacques Prévert et Jacqueline Duhême.