Les récits pour la jeunesse connaissent bien ce moment où un personnage découvre qu'il existe aussi dans la tête des autres. Leur jugement peut l'enfermer dans un corps, une réputation ou un rôle. Mais les autres ne sont pas uniquement ceux dont il faudrait se libérer. Nous apprenons également à nous connaître grâce à leurs réponses, avec les mots qu'ils nous donnent et les possibilités qu'ils savent reconnaître.
La question « Qui suis-je ? » n'appelle donc pas une réponse solitaire. Suis-je ce que je crois être, ce que les autres voient ou ce que je parviens à affirmer devant eux ? La littérature ne choisit pas entre ces trois réponses. Elle montre comment elles se heurtent et se transforment.
Le visage où l'on apprend à se voir.
Avant même de pouvoir raconter ce qu'il ressent, l'enfant rencontre des visages qui répondent à sa présence. Le psychanalyste Donald Winnicott voyait dans le visage de la personne qui prend soin de lui l'un des premiers miroirs du sentiment d'exister1. Lorsque ce regard accueille quelque chose de son émotion, l'enfant éprouve que son expérience compte. À l'inverse, il peut apprendre très tôt à surveiller l'humeur de l'adulte et à adapter sa conduite à ce que celui-ci semble attendre.

Leo Lionni
L'École des loisirs
L'album Petit-Bleu et Petit-Jaune de Leo Lionni donne à cette idée une forme d'une grande simplicité. Les personnages sont de petites taches de couleur. Petit-Bleu vit avec ses parents bleus et Petit-Jaune, son meilleur ami, appartient à une famille jaune. Lorsqu'ils se retrouvent, les deux amis s'embrassent avec tant de joie qu'ils se mélangent et deviennent verts.
De retour chez eux, aucun de leurs parents ne les reconnaît. Les deux enfants savent pourtant toujours qui ils sont, mais leur certitude intime ne suffit plus à leur rendre une place dans leur famille. Après avoir beaucoup pleuré, ils se séparent en larmes bleues et jaunes et retrouvent leur couleur d'origine. Les parents comprennent enfin ce qui s'est produit lorsqu'ils embrassent à leur tour Petit-Bleu et Petit-Jaune et voient apparaître du vert.
Ils comprennent alors que les deux amis sont toujours leurs enfants, même si leur rencontre les a transformés. L'album rappelle ainsi que changer ne signifie pas devenir quelqu'un d'autre. Encore faut-il que les proches apprennent, eux aussi, à reconnaître cette nouvelle apparence.
Le sociologue Charles Horton Cooley appelait « soi en miroir » la manière dont nous nous formons à partir du jugement que nous imaginons chez autrui2. Ce jugement n'a même pas besoin d'être prononcé. Un rire entendu derrière soi ou un silence inhabituel déclenchent déjà une interprétation. Nous supposons ce que les autres ont remarqué, puis nous commençons à nous regarder depuis cette place imaginée.
Il reste toujours un écart entre ce qu'ils pensent réellement et ce que nous leur prêtons. Les fictions rendent cet écart sensible : ce que le personnage montre, ce qu'il croit montrer et ce que son entourage comprend ne coïncident pas nécessairement.
Quand un mot finit par parler à notre place.
Le jugement devient particulièrement puissant lorsqu'il se condense dans un surnom. À force d'être répété, le mot paraît expliquer chaque conduite et finit par remplacer la personne.

Anthony Browne
Kaléidoscope
Dans Marcel la mauviette, Anthony Browne met en scène un petit singe doux, poli et peu sûr de lui. Marcel ne ferait de mal à personne. Il s'excuse même lorsqu'un autre lui marche sur les pieds. Un groupe de gorilles profite de sa timidité pour le malmener et le traiter de « mauviette ». Dès lors, chacun de ses gestes semble confirmer le surnom. Sa gentillesse n'est plus perçue comme une qualité. Elle devient la preuve de sa faiblesse.
Marcel décide alors de transformer son corps. Il commande une méthode, fait de l'exercice, mange pour prendre des forces et se lance dans la musculation. Lorsqu'il est devenu imposant, il aperçoit les gorilles en train d'importuner une jeune fille. Il n'a pas besoin de se battre : les agresseurs s'enfuient dès qu'ils le voient. La jeune fille le proclame alors son héros.
La revanche paraît complète. Celui que tout le monde méprisait inspire désormais la peur et l'admiration. La dernière image trouble pourtant cette victoire. Grisé par sa nouvelle assurance, Marcel heurte un lampadaire et lui demande aussitôt pardon. Son corps a changé, mais sa douceur et sa maladresse demeurent.
L'album laisse ainsi une question ouverte. Marcel s'est-il vraiment libéré du jugement collectif ? Il a surtout appris à correspondre aux signes de force que les gorilles respectaient déjà. Le groupe ne remet pas en question sa définition de la virilité : il cesse seulement de mépriser Marcel une fois que son corps correspond à l'image de force qu'il valorise.

Dominique Richard
ill. Vincent Debats
Éditions Théâtrales
Dans Le Journal de Grosse Patate, pièce de Dominique Richard, le surnom s'est lui aussi collé au corps du personnage. On l'appelle « Grosse Patate » parce qu'elle mange beaucoup. Son véritable prénom ne nous est jamais donné. Les enfants qui l'entourent sont également enfermés dans quelques traits : Rosemarie est jolie, menue et timide ; Hubert est très beau, peu intelligent et aimé de tous ; Rémi est moqué parce que sa sensibilité et ses manières ne correspondent pas à ce que le groupe attend d'un garçon.
Grosse Patate souffre du regard porté sur son apparence, mais elle n'est pas présentée comme une victime sans défaut. Elle jalouse Rosemarie, rêve d'être aimée par Hubert et reporte sur Rémi une partie de la violence qu'elle subit. Le journal fait entendre ses pensées, ses rêves, sa colère et le chagrin lié à la mort de sa mère. Il ne dévoile pas un « vrai moi » parfaitement innocent derrière le surnom. Il rend au personnage la complexité que le groupe lui avait retirée.
Cette nuance est importante. Reconnaître quelqu'un ne consiste pas à remplacer une mauvaise étiquette par une formule flatteuse. Marcel ne devient pas entièrement « le héros » que la jeune fille sauvée admire. Grosse Patate ne se résume pas davantage à une enfant sensible cachée derrière son apparence. Une personne retrouve sa singularité lorsque l'on accepte qu'elle puisse réunir des traits contradictoires.
Le sociologue Erving Goffman appelle « stigmate » le mécanisme par lequel une particularité prend tant de place qu'elle recouvre toute l'identité sociale3. Le stigmate n'est pas naturellement contenu dans un corps. Il apparaît lorsque celui-ci ne correspond pas à ce qu'un groupe attend d'un garçon, d'une fille ou d'un élève. La sensibilité de Marcel devient honteuse dans un monde où la force physique sert de mesure à la virilité. Le poids de Grosse Patate devient l'information à partir de laquelle tout le reste est interprété.

Hans Christian Andersen
ill. Bertall
Le Vilain Petit Canard nous offre un contraste ancien et révélateur. Dans le conte d'Andersen, un oisillon est persécuté parce qu'il ne ressemble pas aux autres canetons. On le trouve trop grand, trop gris et trop laid. Après une longue période de solitude, il découvre son reflet dans l'eau : il est devenu un cygne. Les enfants et les autres oiseaux admirent alors sa beauté.
La fin du conte répare pleinement l'humiliation subie. Mais cette reconnaissance repose sur sa métamorphose. Il n'est pas accepté tel qu'on le voyait auparavant. Il l'est parce qu'il appartient finalement à une espèce jugée magnifique. Le récit laisse donc ouverte une question que l'on peut se poser aujourd'hui : qu'en aurait-il été s'il était resté gris, maladroit et sans beauté particulière ? Faut-il toujours révéler une valeur cachée pour mériter le respect ?
Lorsque le regard devient une institution.
Une moquerie fait souffrir. Le jugement d'une institution peut modifier les conditions d'existence. L'école, la justice ou la presse disposent de procédures capables de convertir une interprétation en décision, en réputation ou en sanction. Roberta Seelinger Trites a montré combien les récits destinés aux adolescents représentent cette découverte du pouvoir social4.

Philip Pullman
ill. Peter Bailey
Gallimard Jeunesse
Le roman J'étais un rat ! de Philip Pullman organise toute son intrigue autour d'une bataille de définitions. Un soir, un jeune garçon vêtu d'un costume fait de pages déchirées frappe à la porte de Bob et de sa femme Jeanne. Ce vieux cordonnier et son épouse ne savent pas s'il faut le croire, mais ils lui donnent à manger, lui apprennent quelques règles de la vie humaine et finissent par le traiter comme un enfant. Il se nomme Roger et répète qu'il était autrefois un rat.
Dès qu'il quitte cette maison, Roger passe entre les mains de personnes qui veulent décider ce qu'il est. Un forain voit en lui un phénomène à exhiber. Des voleurs cherchent à utiliser son agilité. Les autorités le considèrent comme un délinquant, tandis qu'un journal transforme ses aventures en menace publique et le présente comme un « monstre effrayant qui hante les égouts ».
Roger est observé, interrogé et décrit en détail. Pourtant, sa propre parole compte peu. L'humour du roman révèle que son identité publique dépend moins de ce qu'il fait que du récit adopté par ceux qui possèdent une tribune. La question « Qui est Roger ? » devient alors inséparable d'une autre : qui a le pouvoir d'imposer la réponse ?

Irène Cohen-Janca
ill. Marc Daniau
Les Éditions des Éléphants
Avec Ruby tête haute d'Irène Cohen-Janca et Marc Daniau, le regard hostile s'inscrit dans une histoire vraie. L'album raconte l'entrée de Ruby Bridges, âgée de six ans, dans une école de La Nouvelle-Orléans jusque-là réservée aux enfants blancs. En novembre 1960, la fillette doit traverser chaque jour une foule menaçante, escortée par des agents fédéraux. On se souvient du tableau que Norman Rockwell lui a consacré, The Problem We All Live With.
Les familles blanches retirent leurs enfants et Ruby se retrouve seule dans sa classe. Les insultes dirigées contre elle ne relèvent donc pas d'une simple antipathie. Elles défendent un système de ségrégation qui avait décidé où un enfant noir pouvait habiter, apprendre et circuler. Le psychiatre Frantz Fanon a montré que le regard raciste est chargé d'images et de récits antérieurs à la rencontre5. Il ne découvre pas une personne avant de se faire une opinion sur elle. Il croit reconnaître immédiatement un type déjà fabriqué par l'histoire.
Dans une telle situation, il ne suffit pas que Ruby apprenne à ignorer les regards hostiles. Son courage l'aide à affronter l'épreuve, mais il ne peut, à lui seul, faire disparaître la ségrégation. Pour que sa place à l'école cesse d'être contestée, il faut aussi changer les lois et les institutions qui donnent aux préjugés le pouvoir d'exclure.
J'étais un rat ! et Ruby tête haute font ainsi changer l'échelle de la réflexion. Les autres ne disposent pas tous du même pouvoir. Un camarade peut imposer un surnom dans une cour d'école. Un journal, un tribunal ou un ordre politique peuvent transformer une représentation en réalité publique.
Le regard qui rend capable.
Le regard d'autrui peut aussi desserrer une image reçue, à condition bien sûr de ne pas fournir immédiatement une nouvelle définition aussi rigide que la précédente.

Anna Gavalda
Bayard Jeunesse
Dans son roman 35 kilos d'espoir, Anna Gavalda raconte l'histoire de Grégoire, un garçon qui déteste l'école. Il a redoublé deux fois, accumule les mauvaises notes et finit par être renvoyé de son collège. Les adultes parlent de lui comme d'un élève paresseux ou incapable. À force d'entendre ces jugements, Grégoire les a repris à son compte : il se croit « nul ».
Pourtant, il sait observer un mécanisme, réparer et inventer des objets. Sa seule année scolaire heureuse remonte à la maternelle, auprès d'une institutrice appelée Marie qui accordait une grande place aux activités manuelles. Plus tard, Grégoire retrouve ce plaisir dans le cagibi de son grand-père Léon. Il y construit notamment une machine destinée à faciliter le repassage. Après son exclusion, il cherche une école technique où cette intelligence concrète pourra compter.
Léon ne découvre pas miraculeusement un talent que personne n'aurait jamais aperçu. Il offre surtout à son petit-fils un espace où ses capacités peuvent s'exercer. Son soutien n'est pas une approbation permanente. Lorsque Grégoire se laisse aller au découragement, son grand-père lui demande de reprendre une part active dans son avenir.
Le philosophe Axel Honneth établit une différence entre la valeur reconnue aux talents de chacun et le respect qui doit être accordé à toute personne, quelles que soient ses capacités6. Cette différence éclaire le roman. L'école aurait dû reconnaître que l'intelligence ne se manifeste pas uniquement dans les exercices scolaires. Les aptitudes manuelles de Grégoire comptent, mais elles ne fondent pas pour autant sa dignité. En réalité, même un enfant qui ne se distingue par aucun talent particulier doit être écouté et respecté.
Le regard juste ne prétend donc pas révéler une fois pour toutes ce qu'est le personnage. Il lui offre plutôt un cadre où il peut essayer, échouer et recommencer sans que chaque difficulté soit transformée en preuve définitive d'incapacité.
La littérature de jeunesse affectionne les adultes qui voient ce que la famille ou l'école avaient négligé. Cette rencontre peut néanmoins devenir un raccourci si le personnage dépend entièrement du verdict favorable d'un adulte providentiel. Les récits les plus justes laissent au contraire une place à l'action : l'autre n'apporte pas la réponse, il rend la recherche possible.
Avoir le courage de ne pas convaincre.
S'affirmer ne signifie pas toujours démontrer aux autres qu'ils s'étaient trompés. Il arrive que le personnage refuse l'épreuve elle-même et conteste les valeurs qu'elle devait mesurer.

Texte et ill. Thierry Dedieu
Seuil Jeunesse
Dans Yakouba, Thierry Dedieu présente un garçon qui arrive à l'âge où les jeunes membres de son village doivent devenir guerriers. Pour être reconnu parmi les hommes, chacun part seul dans la savane et doit rapporter la preuve qu'il a tué un lion.
Yakouba finit par trouver l'animal, mais celui-ci est déjà grièvement blessé. Dans son regard, le garçon comprend le choix qui s'offre à lui. Il peut le tuer sans véritable combat et être célébré comme un grand chasseur. Il peut aussi lui laisser la vie, grandir à ses propres yeux, mais perdre l'estime de ses compagnons.
Après avoir réfléchi toute la nuit, Yakouba épargne le lion. À son retour, les autres garçons deviennent guerriers. Lui est chargé de garder le troupeau, à l'écart du village. L'album se termine en indiquant qu'à partir de cette époque, le bétail ne fut plus jamais attaqué par les lions. Le village bénéficie donc du choix de Yakouba sans en connaître la raison.
Le récit ne montre pas la communauté revenant sur son jugement. Yakouba ne devient pas un héros triomphant que tous finiraient par applaudir. Il accepte de perdre le prestige attaché au rôle de guerrier parce qu'il ne veut pas confondre courage et mise à mort d'un animal sans défense.
Paul Ricœur permet de comprendre comment on peut rester soi tout en changeant de rôle ou de place7. L'identité ne repose pas seulement sur des traits qui demeureraient inchangés. Elle tient aussi à la manière dont une personne assume ses choix et répond de ses actes. Yakouba devient gardien au lieu de devenir guerrier, mais il assume la décision qu'il a reconnue comme juste.
S'affirmer ne revient pas toujours à réussir devant ceux qui nous jugent. Il faut parfois contester le critère dont ils se servent pour distribuer l'honneur et le mépris.
Son geste déplace surtout la question. Pourquoi tuer devrait-il être la seule preuve visible du courage ? S'affirmer ne revient pas toujours à réussir devant ceux qui nous jugent. Il faut parfois contester le critère dont ils se servent pour distribuer l'honneur et le mépris.
Apprendre à quitter son propre regard.

Anthony Browne
Kaléidoscope
Une histoire à quatre voix d'Anthony Browne rappelle enfin que personne ne se tient en dehors de ces mécanismes. Deux familles se croisent dans un parc. Une mère aisée promène sa chienne avec son fils Charles. Un père au chômage est venu avec sa fille Réglisse et leur chien. Les animaux se mettent à jouer, puis les deux enfants font connaissance. La promenade est racontée quatre fois, successivement par chacun des personnages.
La mère voit le père comme un homme inquiétant et juge Réglisse « de très mauvais genre ». Elle surveille Charles et s'irrite de le voir jouer avec la fillette. Le père traverse le parc absorbé par ses difficultés financières. Charles commence sa promenade dans la solitude et la termine heureux d'avoir rencontré Réglisse. Celle-ci raconte le même après-midi avec une liberté et une gaieté que les autres voix ne possèdent pas.
Les illustrations changent avec chaque narrateur. La mère évolue dans un automne imposant. Le monde du père est hivernal et morne. Autour de Charles, le paysage passe de l'hiver au printemps lorsqu'il rencontre Réglisse, puis à l'été lorsqu'ils jouent ensemble. Les caractères d'imprimerie, les couleurs et les décors traduisent eux aussi la personnalité et l'état d'esprit de celui qui parle.
Dans un album de littérature de jeunesse, les mots et les images participent ensemble à la construction du personnage. Une voix peut se croire parfaitement lucide tandis que le décor révèle ses préjugés ou son découragement. Chez Anthony Browne, tous les personnages sont représentés sous les traits de singes, mais leur allure, leurs vêtements et leur manière d'occuper la page les situent immédiatement dans des milieux sociaux différents.
Ici, aucun narrateur ne possède le dernier mot. L'album ne demande pas de trouver la seule version exacte. Il montre ce que chaque regard sélectionne et ce qu'il laisse hors champ. Les enfants parviennent, le temps d'un jeu, à sortir partiellement des rôles que leur famille leur attribue. Le lecteur doit accomplir un déplacement comparable : entrer dans une voix, puis la quitter pour entendre les autres.
C'est peut-être l'un des pouvoirs les plus précieux de la fiction. Elle nous fait éprouver un regard avant d'en révéler les limites. Elle montre les effets d'un surnom et les angles morts d'une bonne intention. Elle rappelle surtout que la personne observée possède une vie qui déborde toujours le cadre dans lequel nous l'avions placée.
Une histoire qui reste ouverte.
Que sommes-nous, alors, sous le regard des autres ? Une part de ce que nous pensons être vient déjà des relations vécues. Les mots reçus ont donné une forme à nos émotions. Certains jugements se sont installés en nous au point de prendre l'apparence de notre propre voix.
Aucun regard ne contient pourtant une personne entière. Une apparence est réelle, mais elle ne constitue pas un destin. Un échec appartient à une histoire sans pouvoir en écrire seul la conclusion. Même une qualité reconnue peut devenir pesante dès qu'elle se transforme en obligation.
Devenir soi ne revient ni à obéir à tous les miroirs ni à prétendre vivre sans eux.
Devenir soi ne revient donc ni à obéir à tous les miroirs ni à prétendre vivre sans eux. Il faut apprendre à reconnaître les regards qui fixent et ceux qui laissent apparaître une possibilité. Certaines relations supportent le désaccord et acceptent de ne pas savoir trop vite ce que nous devrions devenir.
Ainsi, les meilleurs récits ne donnent pas au personnage une définition enfin exacte. Ils lui rendent du temps. Après la dernière page, il pourra encore surprendre ceux qui croyaient savoir qui il était.