Un garçon très appliqué.
Un soir, un garçon vêtu d'un costume de page déchiré frappe chez Bob le cordonnier et Jeanne la blanchisseuse. Il ignore son nom et répète seulement : « J'étais un rat. » Le vieux couple l'accueille et l'appelle Roger.
Tout lui est nouveau. Il plonge le visage dans son assiette, ronge les crayons et réduit les draps en charpie. Les mots le trompent, car il les comprend au pied de la lettre. Roger apprend pourtant avec une application désarmante. Il remercie ceux qui l'aident et s'efforce de devenir le « bon garçon » que Bob et Jeanne voient en lui.
Ailleurs, les maladresses du garçon sont interprétées contre lui. L'administration ne sait où le classer et l'école le punit. Un forain l'enferme ensuite dans une attraction où il doit jouer un répugnant « garçon-rat ». Billy, chef d'une bande de voleurs, exploite son aptitude à se glisser dans les passages étroits. Roger finit seul dans les égouts, persuadé qu'il échoue à être humain.
Dès le premier soir, un détail intrigue ses hôtes. Sur une photographie du journal, Roger reconnaît la jeune femme qui doit épouser le prince et l'appelle Mary-Lou, alors que tout le pays la connaît sous le nom de Lady Aurélia. Bob et Jeanne croient à une nouvelle confusion.
Le rat oublié de Cendrillon.
Le prénom Mary-Lou prend tout son sens à la fin du roman. Avant de devenir Lady Aurélia, la future princesse était une jeune servante qui nourrissait un rat dans les cuisines. Le soir du bal, une fée l'a métamorphosée et a changé l'animal en page afin qu'il accompagne son carrosse. Roger s'est ensuite attardé dans le palais et a manqué le voyage du retour : le sortilège ne s'est jamais défait.
Pullman reprend ainsi Cendrillon depuis un recoin laissé vide par le conte. Que devient l'animal auxiliaire après la fête ? Les minuscules escarpins rouges fabriqués par Bob dès l'ouverture fournissent la réponse. Offerts à la princesse, ils conduisent le vieux couple jusqu'à la seule personne capable de reconnaître Roger.
Quand le journal invente le monstre.
Des unes du journal Le Père Fouettard interrompent régulièrement le récit. Le lecteur connaît les erreurs de Roger, ses frayeurs et ses efforts. Le journal remplace cet enfant par une créature tapie dans les égouts. Ses titres grossissent les faits, puis attisent la peur. Bientôt, des lecteurs du journal réclament l'extermination d'un être qu'ils n'ont jamais rencontré.
Ce montage donne au roman son ressort le plus mordant. Nous lisons les événements et, presque aussitôt, leur déformation. Lorsque Lady Aurélia sauve Roger, Le Père Fouettard change de version sans reconnaître sa responsabilité. Le monstre d'hier devient un innocent, tandis que le journal se pose en défenseur des enfants maltraités. Seul compte le récit qui fera vendre le prochain numéro.
Une place près du feu.
Bob et Jeanne ignorent longtemps l'origine de Roger. Ils l'écoutent pourtant et le cherchent lorsqu'il disparaît. Ils corrigent ses gestes sans faire de ses habitudes de rat une faute inscrite dans sa nature. Leur attention vaut mieux que les explications qui ont peu à peu effacé l'enfant.
Le roman multiplie les péripéties et pousse volontiers les adultes jusqu'à la caricature. Un lecteur peu autonome peut perdre le fil. L'abondance reste cohérente : chaque rencontre montre une nouvelle manière de confisquer l'identité de Roger.
À la fin, le garçon apprend le métier de cordonnier. Son adresse sert enfin un travail qu'on lui transmet au lieu de devenir un motif d'exploitation. La scène du foyer n'efface rien de ce qu'il a subi. Elle lui donne une place où grandir sans devoir prouver à tout instant qu'il est une personne.
Pour aller plus loin.
Le site de Philip Pullman, où l'auteur présente ses livres, montre ses illustrations et répond aux questions des lecteurs.
© Gallimard Jeunesse · Philip Pullman.

