Couverture du Tunnel, d'Anthony Browne (Kaléidoscope).
© Anthony Browne / Kaléidoscope.
Titre Le tunnel
Auteur-illustrateur Anthony Browne
Traduction Isabel Finkenstaedt
Titre original The Tunnel (Julia MacRae Books, Londres, 1989)
Édition française Kaléidoscope, 1989
Genre Album narratif, entre conte détourné et récit fantastique
Âge indicatif 6 à 8 ans

Motifs principaux : fratrie, peur, tunnel, forêt, passage, conte, réconciliation.

Deux enfants, deux mondes.

Au départ, tout oppose Rose et Jack. Elle aime rester à l'intérieur, lire, rêver. Elle redoute les bruits de la nuit. Lui joue dehors, dort sans inquiétude et se moque volontiers de sa sœur lorsqu'elle a peur. Anthony Browne installe cette séparation par le récit, mais surtout par l'image : Rose appartient aux chambres, aux livres, aux papiers peints, Jack aux murs de briques, au ballon, au dehors. Même lorsqu'ils vivent sous le même toit, ils ne semblent pas habiter le même monde.

Un matin, leur mère les envoie jouer ensemble. Elle leur demande de faire un effort et de revenir pour le déjeuner. Jack n'a aucune envie d'avoir sa sœur avec lui. Dans un terrain vague, il découvre un tunnel et décide d'y entrer. Rose hésite. Elle imagine ce qui pourrait l'attendre dans le noir. Jack se moque, disparaît, puis ne revient pas.

De l'autre côté du trou noir.

C'est là que l'album bascule. Rose attend d'abord, inquiète, presque immobile. Puis elle comprend qu'elle doit le suivre. Le tunnel est étroit et sombre. De l'autre côté, le bois devient bientôt une forêt inquiétante. Le texte reste sobre. L'image laisse monter le trouble. Les troncs se tordent, des formes semblent apparaître dans l'écorce, comme si les peurs de Rose prenaient corps autour d'elle.

L'album laisse aussi revenir un conte bien connu. Il suffit du manteau rouge de Rose, du tableau accroché dans sa chambre et d'une silhouette de loup surgie dans l'arbre pour que Le Petit Chaperon rouge entre discrètement dans la lecture. Anthony Browne ne souligne pas lourdement ces signes. Il les dépose dans les images, laissant au lecteur le plaisir de les repérer.

Le vrai courage n'est pas celui qu'on croyait.

Quand Rose retrouve Jack, il est figé comme une statue. Le garçon qui se moquait de la peur ne peut plus bouger. La sœur, elle, avance justement parce qu'elle a peur et qu'elle continue malgré tout. Elle n'a ni arme, ni formule magique. Elle serre son frère contre elle, pleure et la pierre reprend peu à peu couleur et mouvement.

La fin ne donne aucune explication. Les enfants rentrent à la maison. Leur mère les trouve seulement bien silencieux. Rose sourit à Jack, Jack lui répond. C'est peu et c'est assez. Le tunnel ne fait pas une leçon sur la fratrie. Il montre qu'un passage peut déplacer le regard : celui que l'on croyait faible a trouvé la force de traverser et celui qui jouait au plus brave avait besoin d'être rejoint.

© Kaléidoscope · Anthony Browne, trad. Isabel Finkenstaedt.