Couverture de Tous les moments précieux, de Siwon Lee (Gautier-Languereau) : dans un ciel nocturne étoilé, une montgolfière en forme de tête d'ours à lunettes, sur laquelle un hibou rouge règle un appareil photo à soufflet.
© Siwon Lee / Gautier-Languereau.
Titre Tous les moments précieux
Auteur et illustrateur Siwon Lee
Titre original 숲속 사진관에 온 편지
Édition originale Goraebaetsok, Corée du Sud, 2020
Première édition française Gautier-Languereau, coll. « Les Histoires », 2025, traduit du coréen par Marion Gilbert
Genre Album
Âge indicatif dès 4 ans

Thèmes principaux : famille, adoption, photographie, mémoire, deuil, relations intergénérationnelles, diversité familiale, voyage.

Une lettre pour une photo.

Dans la forêt, Ours et Hibou tiennent un studio de photographie. Un jour, une lettre arrive de très loin. Son auteur, resté anonyme, voudrait un portrait de famille et a joint une carte pour qu'on puisse le retrouver. Les deux amis partent donc en montgolfière vers les régions froides. En chemin, ils croisent plusieurs familles d'animaux et s'arrêtent pour les photographier.

Pendant ce temps, le foyer d'Hibou s'apprête lui aussi à changer : sa compagne veille sur des œufs qui vont bientôt éclore.

Au terme du voyage, Ours et Hibou découvrent enfin l'auteur de la lettre. C'est un jeune renard polaire qui vit seul avec sa grand-mère. Il souhaitait conserver une photographie d'eux deux. Le portrait est réalisé. Le lendemain, la grand-mère meurt. L'image prise la veille devient alors le souvenir de leur vie commune. Resté seul, le renardeau accepte de repartir avec ses visiteurs et sera accueilli dans la famille d'Hibou.

Des familles devant l'objectif.

Les portraits réalisés au cours du voyage prennent dès lors un autre relief. L'album montre des familles diversement composées, parmi lesquelles des foyers monoparentaux ou des grands-parents assumant le rôle des parents. Ces rencontres préparent sans insistance la dernière partie du récit.

Siwon Lee a expliqué avoir pensé son livre autour de l'adoption. La photographie de famille lui importe parce qu'elle rassemble, en une seule image, quelque chose de l'histoire et des émotions de ceux qui y figurent. Cette idée devient sensible avec le portrait du renardeau. La photographie devait célébrer un moment partagé. Presque aussitôt, elle devient la trace d'une personne disparue.

Le motif photographique donne ainsi sa cohérence au récit. La vie poursuit son cours tandis que l'image conserve un instant qui ne reviendra plus.

Du mouvement à l'image arrêtée.

Les illustrations renforcent cette idée. Siwon Lee a travaillé comme motion designer pour la télévision avant de se consacrer à l'album. Il a cherché ici à donner au voyage la continuité d'un film d'animation. Les paysages et les couleurs se modifient progressivement à mesure qu'Ours et Hibou avancent vers le Nord.

Face à ce monde en déplacement, les photographies arrêtent le temps. Ce contraste est l'une des réussites du livre. Le voyage recommence après chaque portrait, mais les images restent. Elles deviennent peu à peu les points fixes d'une histoire où les êtres naissent, disparaissent ou trouvent une nouvelle place.

Une consolation très rapide.

La fin est émouvante, mais elle va un peu trop vite. La mort de la grand-mère est presque immédiatement suivie par l'accueil du renardeau dans une nouvelle famille. Le livre privilégie la consolation et accorde peu d'espace au deuil lui-même.

Cette rapidité mérite d'être relevée sans en faire un défaut rédhibitoire. Des travaux récents sur la représentation de l'adoption dans les albums jeunesse invitent précisément à rester attentif aux récits qui en font trop facilement l'aboutissement heureux d'une histoire douloureuse. Tous les moments précieux conserve toutefois un élément essentiel : la nouvelle famille du renardeau ne fait pas disparaître la précédente. La photographie de sa grand-mère demeure.

C'est peut-être là que l'album trouve sa plus juste émotion.

© Gautier-Languereau · Siwon Lee, trad. Marion Gilbert.